Snobisme
Par W. Nepigo le vendredi 7 septembre 2007, 18:19 - Lien permanent
Rien à voir avec le contenu habituel de ce blog (je suis en train de travailler sur un gros article qui me prend beaucoup de temps, d'où mon silence depuis quelques semaines), mais je viens de tomber sur une définition du snobisme qui me plaît beaucoup : simple, précise et brutale juste ce qu'il faut.
"Avant, le snobisme était la manifestation de la vanité des riches couches bourgeoises, désireuses de ressembler aux aristocrates et de les imiter.
Aujourd'hui, on pourrait définir le snobisme comme la manifestation d'un besoin de paraître ce qu'on n'est pas, du désir de se montrer différent de ce qu'on est en réalité et d'imiter une autre catégorie sociale, majoritaire ou plutôt minoritaire; il y a un snobisme conservateur et un autre qui suit aveuglément le dernier cri de la mode, il y a le snobisme artistique, sexuel, sportif, pacifiste, touristique et même révolutionnaire; ce dernier, évidemment, blêmit à toute vitesse lorsqu'un gouvernement de droite ou même un chef de police grossier arrivent au pouvoir.
Toujours à la recherche de l'excentricité, de l'exclusivité et de la bizarrerie, le snobisme a ouvert les yeux des marchands d'art sur la possibilité de gagner de l'argent même avec l'art d'avant-garde".
Citation tirée de Karel TEIGE, "Le Marché de l'Art", 1935, éd. ALLIA, 2000 pour la traduction française




Commentaires
je ne suis pas d'accord du tout : ce qu'il décrit là, c'est l'ambition, le rêve! Si chaun reste à sa place... Et, quelle est cette place, exactement? N'est-ce pas une vision très conservatrice?
Non, je ne trouve pas que cela soit conservateur. Je pense que se connaître soi-même est en soi déjà la recherche de toute une vie, si en plus il faut commencer à se préoccuper de "coller" à un modèle extérieur... C'est ce souci de faire masse qui me paraît être critiqué ici, bien sûr qu'on peut, qu'il est souhaitable de découvrir et emprunter à autrui ce qui nous plaît; mais ce mouvement suppose la capacité de juger, pour faire le tri; le snobisme est un mouvement qui découle de la fascination, il n'y a aucun jugement là-dedans, que de la soumission. Certes, c'est souvent plus confortable.
On parle ici de snobisme sans jamais nommer, en snobant en quelque sorte, les snobs eux-mêmes!
Et pourtant qui sont-ils, pourquoi éprouvent-ils le besoin d'enfiler des habits trop larges pour eux, dans lesquels leur incongruité transparaitrait au point d'en faire des victimes potentielles de manipulateurs plus lucides qu'eux sur leur véritable nature de snobs? Ne sont-ils si faciles à démasquer, à dénigrer ou ridiculiser que parce qu'ils le veulent bien, qu'ils acceptent cette contrepartie douloureuse mais négligeable devant la griserie tant désirée du partage, fraude assumée, d'un destin hors de portée dont ils se contentent d'usurper les atours en "faisant leur cinéma" comme on dit vulgairement?
Et puis, le beauf dans son survêtement de marque trop neuf, même s'il répond à la définition de l'article, contribue t-il au snobisme sportif quand il échoue à donner l'apparence d'une élévation comme à susciter la moindre admiration ailleurs que chez ses semblables suant le même jogging disgracieux?
Question art, par contre, je vois une noblesse chez celui qui va au bout de son snobisme en se ruinant pour des croutes dont nul ne sait au juste comment l'avenir les valorisera et qui peut, en attendant, se régaler du spectacle de l'avidité au gain des marchands qui pensent l'arnaquer comme des réactions d'effroi qu'il provoque chez "ceux qui savent".Une noblesse et comme une forme d'humour qui questionnent la superficialité de ce paraitre.
Pourquoi le snob est-il ontologiquement méprisable? Pourquoi la volonté de s'élever socialement au-dessus de sa condition est-il perçu comme de l'usurpation? Après tout, on ne choisit pas de naître roturier ou modeste. Certes, le snobisme peut confiner au ridicule ceux qui ont les moyens de paraître, mais qui sont fondamentalement éloignés de l'aristocratie. Je fais évidemment référence à tous les Monsieur Jourdain de ce monde, aussi riches qu'incultes. Mais que fait-on de cette génération nouvelle issue de l'éducation massive de la population? Que dirons-nous de ces quelques individus qui, pour leur malheur, sont non seulement d'extraction modeste, mais qui en plus on l'âme noble et l'esprit raffiné de l'aristocrate véritable, à force de lectures, de fréquentations choisies et d'expérimentations? Car que manque-t-il à ceux-là, fors un nom et un patrimoine conséquents? Et a contrario, combien de nobles se montrent dignes des honneurs dont ils ont hérités? J'estime que personne ne naît aristocrate: on le devient grâce à l'éducation reçue. Cela étant, un homme qui se sera éduqué et parfait lui-même dans ce sens ne sera-t-il pas un aristocrate véritable? Le débat tourne naturellement autour de l'être et du paraître. Vouloir donner les apparences de l'aristocratie est une chose, mais devenir aristocrate de cœur et d'esprit en est une autre. Quelle autre option ont ces hommes, écartelés entre vulgarité d'origines dont ils sont fort heureusement indignes et société raffinée où ils ne sont pas admis par le sang?
Bonsoir, merci pour votre beau commentaire de quelques années plus tard. Tout dépend, je crois, de ce que vous entendez par artistocratie; les familles aristocrates héritant leurs privilèges depuis le Moyen-Âge ne sont plus très nombreuses, ni très puissantes et je ne crois pas que cela soit un problème - à l'exception des souverains du Golfe Persique qui sont très puissants et très moyenâgeux... Étymologiquement, l'"aristocratie" n'est pas aussi contemplative que ce que vous en dites, elle signifie "gouvernement des meilleurs", il est donc au moins à moitié question de pouvoir et de domination, en plus d'une élevation au sens plus large... Et je ne crois plus au "bon souverain" des contes, je préfère la démocratie, tant que j'ai encore envie de me poser la question en tout cas. Mais si l'on restreint ces appétits au cœur et à l'esprit, cela me paraît une très bonne idée :-)