Pour commencer, je vous recommande un premier article de vulgarisation que l'on pourra lire avec profit pour une présentation de cette approche : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21811

Si l'on veut ensuite approfondir, on peut télécharger l'un des livres du principal inventeur de ce mode de mesure, Nicholas Georgescu-Roegen.georgescu

La conclusion de Georgescu-Roegen est schématique mais claire : on ne pourra échapper à une décroissance matérielle.

Se pose dès lors le problème du mode retenu pour entreprendre cette décroissance matérielle. Des critiques s'élèvent déjà, très virulentes, pour contester l'idée même de décroissance économique comme c'est le cas du dernier livre de Claude Allègre (voir le débat entre Dominique Voynet et lui sur cette question) mais aussi, de façon plus mesurée, d'un article de Mauro Bonaïuti contestant les idées de simplicité volontaire et de décroissance économique :

"J'essaie quelquefois d'imaginer ce qui adviendrait si l'Occident s'adaptait soudainement au niveau de la consommation moyenne que suggèrent mes amis critiques envers la consommation. Cela serait une bénédiction pour les écosystèmes mais une catastrophe pour les revenus et pour l'emploi".

Pour éviter la récession économique, Bonaïuti prône l'évolution de la société vers l'exploitation des "biens relationnels" (industrie de la connaissance/de la formation, services à la personne, etc.), terminant avec une certaine emphase sur un :
"la décroissance matérielle sera une croissance relationnelle sociale et spirituelle ou ne sera pas".

Une première critique : la constitution d'une marchandise, quelle qu'elle soit, passe par une chosification de son objet, un contrôle marchand de son accès. Opérer une "croissance en termes de biens relationnels" me paraît donc très susceptible d'aboutir au cauchemar entrevu par H. Selby Junior dans son livre "Le Saule" (The Willow Tree) : à un vieux SDF pleurant de solitude qui s'attable près d'elle dans un fast-food de New York, une jeune fille noire répond :"tu veux parler? C'est 10 dollars!"

Seconde critique : opérer un "découplage" entre croissance économique et croissance matérielle est déjà perçu comme une priorité dans un domaine-clé : les transports (Commission Européenne dans son Livre Blanc sur le transport de 2006, voir mon billet "Transports à Outrance"). En effet, les transports sont aujourd'hui le secteur dont la contribution aux émissions polluantes augmente le plus rapidement. De plus, c'est un secteur fondamental pour le commerce : pas de croissance du commerce de biens matériels possible sans une croissance des transports, et les infrastructures actuelles sont de plus en plus engorgées. Le "découplage" entre croissance économique et croissance des transports serait à cet égard le signe évident qu'un découplage entre croissance économique et croissance matérielle est possible. Mais, pour l'instant, on ne voir rien venir...

Alors, décroissance matérielle, décroissance économique ou les deux? Les répercussions en termes politiques d'une telle problématique sont vitales pour quiconque est un peu attaché à la démocratie et l'état de Droit, au calme et à la douceur. En effet, il est possible d'opérer une décroissance volontaire tant que l'on dispose de marges de manoeuvre suffisantes. Mais la réduction de ces marges de manoeuvre du fait du massacre des écosystèmes (notamment marins) risque d'aboutir à des solutions d'urgence, dont on sait historiquement qu'elles ne présagent rien de bon en termes de liberté : une réponse d'urgence sera nécessairement, vu son poids actuel, une réponse de type technique. Donc une réponse en termes de contrôle : contrôle des populations, rationnement, etc. Voire même, si l'on se laisse gagner par la panique, un régime de type "éco-totalitaire" dont vous imaginez tout le bien que j'en pense.

Dans le doute, je préfère donc opter pour une décroissance économique : mieux vaut la pauvreté que la dictature.