<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="http://blog.nepigo.net/feed/rss2/xslt" ?><rss version="2.0"
  xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
  xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
  xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/">
<channel>
  <title>La technique et la peur - technique</title>
  <link>http://blog.nepigo.net/</link>
  <description>Les innovations technologiques nous donnent un pouvoir d'intervention immense sur notre environnement et sur nous-mêmes. L'humanité est ainsi devenue une &quot;force géologique&quot;, capable d'influer sur des paramètres aussi énormes que l'évolution de la température de l'atmosphère terrestre ou la biodiversité planétaire. Notre nombre, couplé à la puissance de notre technologie, nous a permis d'accéder à cet état, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le moment nous découvrons avec effarement que ce serait plutôt pour le pire; faut-il pour autant céder à la peur? La peur est un indicateur précieux du danger qu'il ne saurait être question d'éviter; aussi ce blog a-t-il pour vocation d'étudier ce danger et ses multiples implications. Mais la peur est aussi un état qui nous rend particulièrement sensibles à la manipulation et amoindrit nos capacités de jugement. Ce blog se propose donc, en plus de donner des connaissances susceptibles de mieux nous renseigner sur ce qui nous effraie, de remettre dans leur contexte les diverses tentatives de détournement de cette peur à des fins politiques.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 20 Aug 2008 14:21:05 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
  <docs>http://blogs.law.harvard.edu/tech/rss</docs>
  <generator>Dotclear</generator>
  
    
  <item>
    <title>L'Europe rêve de moutons électriques</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/11/16/LEurope-reve-de-moutons-electriques</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:6cbd2755b69bcec8fc0d297cefb87e7c</guid>
    <pubDate>Fri, 16 Nov 2007 23:05:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>(&lt;em&gt;Ce texte me touche beaucoup, je le reproduis ici&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;A partir de janvier 2008, les moutons et les chèvres devront, en
Europe, être identifiés par des puces électroniques implantées, alias
transpondeurs. Des bergers refusent cette mesure qui est selon eux synonyme
d’une industrialisation du monde vivant. Après les moutons, viendraient les
autres animaux, puis, pourquoi pas, les humains. Au nom de la sécurité et de la
traçabilité.&lt;/strong&gt;    &lt;br /&gt;
Des bergers - octobre 2007&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Au 1er janvier 2008, l’ensemble du cheptel ovin et caprin de la Communauté
européenne doit être identifié avec des puces électroniques pour répondre aux
exigences industrielles de « sécurité alimentaire » (règlement CE n°21/2004 du
Conseil du 17 décembre 2003). Ces mouchards arrivent à une époque où la machine
industrielle s’emballe au rythme des crises sanitaires (grippe aviaire, vache
folle, fièvre aphteuse,…). Le dernier moyen de maintenir l’illusion d’une
maîtrise est de considérer les éleveurs comme des risques industriels
potentiels. Il faut donc assurer leur flicage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dans la marche du progrès, refuser le puçage électronique des brebis peut
paraître anodin. Pourtant, cette nouvelle mesure de traçabilité, nous la
prenons en pleine figure car nous savons qu’elle nous pousse un peu plus loin
dans un monde où l’on commence à se sentir de trop. L’élevage n’est pas
seulement une industrie produisant du lait ou de la viande. La domestication
n’est pas seulement la soumission d’un animal, c’est aussi un long
compagnonnage commencé à la révolution du néolithique. Ces interdépendances
influencent depuis 10 000 ans nos relations aux animaux, aux humains et au
monde. Cette longue compagnie a participé à construire nos imaginaires, nos
mythes, notre culture.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec le puçage électronique, toute cette partie de l’histoire de notre humanité
est anéantie, détruite, niée. Comme la plupart des professions, une part de
plus en plus importante de nos activités est régie par un ailleurs : normes
industrielles, obligation de s’expliquer, permanence de la suspicion à notre
égard. Cela suffit !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour nous, il ne s’agit pas de se justifier. Nous ne voulons plus cogérer les
modalités de notre soumission. Nous ne voulons plus nous « adapter ». Nous ne
pouvons regarder nos brebis se transformer en machine, en émetteur-récepteur
sans rien dire. Dans un monde où l’humiliation est devenue tellement familière
que l’on ne la reconnaît plus, où le contrôle ne choque plus personne et peut
même être « citoyen » ou « participatif », nous avons fait comme tout le monde.
Nous avons fait profil bas, nous avons ménagé les administrations et entretenu
notre asservissement au système des primes agricoles en traînant les pieds face
aux « nouveautés ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd’hui refuser le puçage électronique, c’est voir son troupeau euthanasié.
Malgré tout, si nous prenons publiquement la parole, c’est que nous ne voulons
pas plonger dans l’aigreur et le désespoir que génère la résignation ( « de
toute façon ça se fera », « les gens ne comprennent rien », « le monde est
devenu fou », « on n’arrête pas le progrès »).&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La révolution industrielle a réalisé la volonté de tout transformer en machine.
Après les outils, il est question aujourd’hui des animaux domestiques avec le
marquage électronique. Vient le tour du cheptel humain.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/./.moutumains_m.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Déjà, il est question de bornes biométriques dans les cantines, de fichier ADN,
de cartes d’identités biométriques,… Ce puissant processus de mécanisation du
monde vivant est en train de détruire tout ce qui fait que l’humain n’est pas
seulement une construction biologique usinable à merci. Nous avons encore
quelques espoirs mais ils peuvent disparaître si l’on continue à se taire, à
baisser la tête, à laisser échapper ce que l’on a dans les mains. Ici, il
s’agit pour nous de conserver quelques chances d’élever des bêtes à peu près
dignement, de ne pas collaborer par notre silence à l’automatisation et à la
déshumanisation de l’élevage, à la transformation définitive des bêtes en
marchandise et à notre enfermement dans un monde invivable pour les brebis et
pour nous tous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous, bergers des plaines, des causses et des montagnes, réunis pour notre
sauvegarde, appelons toutes et tous à refuser les entraves électroniques. Nos
troupeaux ne sont pas des machines et nous n’habitons pas dans des usines. Nous
vous invitons à reproduire ce texte, et à en parler autour de vous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Des bergères et bergers opposés à la mécanisation de la vie&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Contact :&lt;br /&gt;
Groupe nord ouest :&lt;br /&gt;
Groupe sud-ouest : Bergères et bergers languedociens rue du Port 81500
Lavaur&lt;br /&gt;
Groupe sud–est : Léon Nampepusse ancienne école 84400 Sivergues</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/11/16/LEurope-reve-de-moutons-electriques#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/11/16/LEurope-reve-de-moutons-electriques#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/176112</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Le silence comme bien commun</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/10/08/Le-silence-comme-bien-commun</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:22a90c4197439a658bd90d3f9e5b8b58</guid>
    <pubDate>Mon, 08 Oct 2007 08:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le 21 mars 1981, à Tokyo, le penseur&lt;/em&gt; &lt;a style=&quot;font-style: italic;&quot; hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Illich&quot;&gt;Ivan
Illich&lt;/a&gt;&lt;em&gt;prenait la parole dans une conférence dont le thème général était
&amp;quot;L'homme et la science&amp;quot;; au fil de ce texte, il explique sa vision du
développement de l'ordinateur et, surtout, de l'impact que celui-ci aura sur la
communication humaine. Vingt-cinq ans après, il est très intéressant de voir en
quoi les évènements ont confirmé - ou infirmé - sa prédiction. Le titre
original du texte de la conférence est &amp;quot;&lt;/em&gt;&lt;a style=&quot;font-style: italic;&quot; hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.preservenet.com/theory/Illich/Silence.html&quot;&gt;Silence as a
commons&lt;/a&gt;&lt;em&gt;&amp;quot;; à ma connaissance, il n'avait pas été intégralement traduit
en français jusqu'à aujourd'hui. Bonne lecture.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm; text-align: center&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le
silence comme bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm; text-align: right&quot;&gt;&lt;strong&gt;par
Ivan Illich&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;Les ordinateurs sont en train de faire de la communication ce que les
clôtures ont fait des champs et les voitures des rues.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Monsieur Minna, j'accepte avec
grand plaisir l'honneur que vous m'avez fait de me demander de prendre la
parole dans ce forum sur « l'homme et la science ». Le thème que
propose M. Tsuru, « La société gérée par ordinateur », résonne comme
un cri d'alarme. On peut clairement prévoir que les machines qui singent les
humains tendent à empiéter sur chaque aspect de la vie de chacun, et que ces
machines forcent les gens à se comporter comme des machines. Les nouveaux
objets électroniques ont effectivement le pouvoir de forcer les gens à
« communiquer » avec eux et entre en des termes qui sont ceux de la
machine. Tout ce qui ne s'intègre pas structurellement dans la logique des
machines est filtré dans une culture dominée par leur usage.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Le comportement machinal des
personnes enchaînées à l'électronique constitue une dégradation de leur
bien-être et de leur dignité qui, pour la plupart, devient intolérable à long
terme. L'observation des effets débilitants des environnements programmés
montre que les personnes qui y vivent tendent à devenir indolentes,
narcissiques, impuissantes et apolitiques. Le processus politique se brise
parce que les gens ne sont plus capables de se gouverner, mais demandent à être
gérés.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Je félicite le journal Asahi
Shimbun pour ses efforts pour susciter un nouveau consensus démocratique au
Japon, par lequel vos 7 millions et plus de lecteurs prennent conscience de la
nécessité de limiter l'empiètement des machines sur leurs comportements. Il est
important que ce soit précisément le Japon qui soit à l'origine d'une telle
action. Le Japon est considéré comme la capitale de l'électronique ; cela
serait merveilleux qu'il devienne la référence mondiale d'un nouveau modèle
politique d'auto-limitation dans le domaine de la communication, ce qui, à mon
avis, est absolument nécessaire si l'on veut qu'un peuple puisse continuer de
se gouverner lui-même.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;La gestion électronique d'un
problème politique peut être envisagée de multiples façons. Je propose, comme
introduction à cette consultation publique, d'approcher cette question sous
l'angle de l'écologie politique. L'écologie, au cours des 10 dernières années,
a acquis une nouvelle signification. Il s'agit encore du nom d'une branche
particulière de la biologie professionnelle, mais le terme sert à présent de
plus en plus de label au nom duquel un large public politiquement organisé
analyse et influence les décisions techniques. Je veux me concentrer sur les
nouveaux appareils électroniques comme représentant un changement technique
dans l'environnement humain qui, même encore bénin, doit rester sous contrôle
politique (et pas uniquement celui des experts). J'ai choisi de me concentrer
sur ceci pour mon introduction, car cela me permet de continuer ma conversation
avec ces trois collègues japonais à qui je dois ce que je sais sur votre pays –
les professeurs Yoshikazu Sakamoto, Joshiro Tamanoi et Jun Ui.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Au cours des 13 minutes qu'il me
reste à cette tribune, je vais m'attacher à clarifier une distinction que je
crois fondamentale pour l'écologie politique. Je vais distinguer
l'environnement comme bien commun de l'environnement comme ressource. De notre
capacité à opérer cette distinction précise dépendent non seulement la
construction d'une écologie théorique solide, mais également – et c'est plus
important – d'une législation écologique efficace. Monsieur Minna, je
souhaiterais tellement, aujourd'hui, être un élève guidé par votre immense
poète zen, le grand Basho. Alors, 17 syllabes me suffiraient peut-être pour
exprimer la distinction entre les communaux au sein desquels les activités
quotidiennes des gens prennent place et les ressources qui servent à la
production économique de ces marchandises sur lesquelles repose la survie du
monde moderne. Si j'étais poète, peut-être serais-je à même de faire cette
distinction d'une si belle et incisive manière qu'elle pénétrerait vos cœurs et
resterait inoubliable. Malheureusement, je ne suis pas un poète japonais. Je
dois m'adresser à vous en anglais, une langue qui, au cours des 100 dernières
années, a perdu la capacité de faire cette distinction, et – qui plus est – je
dois m'adresser à vous par l'intermédiaire d'une traduction. C'est uniquement
parce que je peux compter sur le génie de traduction de M. Muramatasu que j'ose
tenter de vous faire comprendre une signification tirée du vieil anglais lors
d'une conversation au Japon.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Le mot &amp;quot;commons&amp;quot;, que l'on peut
traduire par « communaux » en français, vient du vieil anglais. Selon
mes amis japonais, son sens est assez proche de l'expression &lt;em&gt;iriai&lt;/em&gt; qui
sert à traduire &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt; en japonais. C&lt;em&gt;ommunaux&lt;/em&gt;, de même
qu'&lt;em&gt;iriai&lt;/em&gt;, servait à désigner, dans les sociétés préindustrielles,
certains aspects de l'environnement. Les gens appelaient &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt; ces
lieux où les lois forgées par la coutume exaltaient certaines formes de respect
commun. Les gens appelaient &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt; certaines parties de leur
environnement, situées au-delà du seuil de leur propriété, pour lesquelles,
cependant, on reconnaissait à tous un usage légitime, non pas à des fins
productives, mais en vue d'assurer leur subsistance et celle de leurs proches.
Cette loi coutumière qui humanisait en quelque sorte l'environnement, était en
général non écrite. Elle n'était pas écrite non pas parce ceux qui la
connaissaient n'avait pas besoin de la mettre sur papier, mais parce que la
réalité qu'elle protégeait était trop complexe pour être ramenée à quelques
paragraphes. La loi des &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt; réglait le droit de passage, le
droit de pêche et de chasse, de libre pâturage, de ramasser du bois ou des
plantes médicinales dans la forêt.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/./.Chene_m.jpg&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un chêne pouvait être situé dans les &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt;. En été, on réservait
au berger et à son troupeau la fraîcheur de l'ombrage que ses branches
prodiguaient ; ses glands étaient réservés aux cochons des paysans du
voisinage; ses branches mortes servaient de combustible aux veuves du
village ; les jeunes pousses pouvaient être coupées pour décorer l'église
— et à la tombée du jour, il pouvait à l'occasion accueillir l'assemblée du
village. Lorsque les gens parlaient des &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;iriai&lt;/em&gt;, ils
évoquaient un aspect de l'environnement dont ils connaissaient les limites, qui
était nécessaire à la survie de la communauté, nécessaire à différents groupes
de différentes façons, mais, dans un &lt;em&gt;sens strictement économique&lt;/em&gt;,
n'était pas perçu comme une rareté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Lorsqu'aujourd'hui, en Europe,
j'utilise le mot «commons» avec les étudiants d'une université (en allemand
&lt;em&gt;Almende&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Gemeinheit&lt;/em&gt;, en italien &lt;em&gt;gli usi civici&lt;/em&gt;),
mes auditeurs pensent immédiatement au 18e siècle. Ils pensent à ces pâturages
en Angleterre où les villageois gardaient quelques moutons et au mouvement dit
des « enclosures », la clôture de ces pâturages qui transforma ces
communaux en ressources sur lesquelles les troupeaux commerciaux pouvaient être
élevés. En premier lieu, cependant, mes étudiants pensent à la pauvreté
nouvelle qui survint avec les enclosures : à l'appauvrissement absolu des
paysans qui furent chassés de leurs terres pour aller constituer les bataillons
du travail salarié ; ils pensent également à l'enrichissement des
lords.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
Leur première réaction est de penser à l'apparition d'un nouvel ordre
capitaliste. Confrontés à cette douloureuse nouveauté, ils oublient que le
mouvement des enclosures signifie également quelque chose de plus simple.
L'&amp;quot;enclosure&amp;quot; des &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt; instaure un nouvel ordre écologique :
l'&lt;em&gt;enclosure&lt;/em&gt; n'a pas seulement pour effet de transférer physiquement
aux riches propriétaires le contrôle des pâturages. L'&lt;em&gt;enclosure&lt;/em&gt; marque
un changement radical dans les attitudes de la société face à l'environnement.
Auparavant, dans n'importe quel système juridique, une grande partie de
l'environnement était considérée comme faisant partie des &lt;em&gt;communaux&lt;/em&gt;
desquels une majorité de gens tiraient une large part de leur subsistance sans
devoir recourir au marché. Après l'avènement de l'enclosure, l'environnement
devint en première instance une ressource au service des &amp;quot;entreprises&amp;quot;
lesquelles, en développant une main-d'œuvre salariée, ont transformé la nature
en biens et services dont dépendent la satisfaction des besoins essentiels des
consommateurs. Cette transformation est l'angle mort de l'économie
politique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Ce changement d'attitude peut
être mieux illustré si l'on pense aux rues plutôt qu'aux pâturages. Il y avait
une telle différence entre les parties récentes et les parties anciennes de
Mexico, il y a seulement encore 20 ans! Dans la vieille ville, les rues étaient
de véritables communaux. Des gens s'asseyaient sur la route pour vendre des
légumes ou du charbon. Les autres plaçaient leur chaise dans la rue pour boire
du café ou de la tequila. D'autres se réunissaient dans la rue pour décider qui
serait le nouveau représentant du voisinage, ou pour déterminer le prix d'un
âne. D'autres conduisaient leurs ânes à travers la foule, en marchant près de
leur bête lourdement chargée; d'autres prenaient place sur la selle. Les
enfants jouaient sur le trottoir, et les piétons pouvaient utiliser la rue pour
se rendre d'un emplacement à un autre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;De telles rues n'étaient pas
construites pour les gens. Comme tous les véritables communaux, la rue n'était
que le résultat de la vie locale de gens vivant ici et faisant de cet espace un
espace vivable. Les habitations qui s'alignaient le long des rues n'étaient pas
des habitations au sens moderne du terme – des garages pour le dépôt nocturne
des travailleurs. Le seuil séparait encore deux espaces de vie, intime et
public. Mais ni ces maisons au sens intime du terme ni ces rues comme communaux
ne survécurent au développement économique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Dans les parties les plus
récentes de Mexico, les rues ne sont plus pour les gens. Elles sont aujourd'hui
des autoroutes pour les bus, les taxis, les voitures et les camions. Les gens
ne sont plus tolérés dans la rue que lorsqu'ils se rendent à un arrêt de bus.
Si les gens s'asseyaient ou s'arrêtaient au milieu de la rue, ils deviendraient
des obstacles au trafic, et celui-ci serait dangereux pour eux. Les rues ont
été dégradées de communaux à l'état de simple ressource pour la circulation des
véhicules. Les gens ne peuvent plus circuler, le trafic a déplacé leur
mobilité. Ils ne peuvent plus circuler qu'attachés et déplacés par une
machine.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;L'appropriation des pâturages
par les lords se heurta à des oppositions, mais la transformation plus
fondamentale de ces pâturages (ou des rues) eut lieu, jusqu'à récemment, sans
rencontrer de véritable critique. L'appropriation de l'environnement par
quelques-uns était clairement perçue comme un abus intolérable mais, au
contraire, la transformation encore plus dégradante des personnes en membres
d'une force de travail industrielle et en consommateurs était considérée,
jusqu'à il y a peu, comme acquise. Pendant près d'un siècle, des partis
politiques se sont opposés à l'appropriation de l'environnement en des mains
privées. Cependant, le problème était posé en termes d'utilisation privée de
ces ressources, pas en termes de distinction par rapport aux communaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Ce n'est que récemment, à la
base de notre société, qu'un nouveau genre d'« intellectuel
populaire » a commencé à comprendre ce qui s'est vraiment passé.
L'enclosure a dénié aux personnes le droit à ce type d'environnement sur lequel
– à travers l'histoire – l'économie morale de la survie s'était basée.
L'enclosure, une fois acceptée, redéfinit la collectivité. L'enclosure des
communaux est donc tout autant dans l'intérêt des professionnels, des
bureaucrates d'état que des capitalistes. L'enclosure permet aux bureaucrates
de définir la collectivité locale comme incapable de remédier à ses propres
besoins. Les gens deviennent des individus économiques qui dépendent pour leur
survie de marchandises qui sont produites pour eux. Fondamentalement, la
plupart des mouvements citoyens sont une rébellion contre cette redéfinition
environnementale des personnes en consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Monsieur Minna, vous vouliez
m'entendre parler d'électronique, pas de pâturages ou de rues. Mais je suis un
historien; je voulais d'abord parler des pâturages communaux tels que je les
connais du passé afin de dire quelque chose à propos de la menace actuelle,
bien plus vaste, des biens communs par l'électronique.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;L'homme qui vous parle est né il
y a 55 ans à Vienne. Un mois après sa naissance, il fut mis dans un train, puis
sur un bateau pour être amené sur l'île de Brac. Là, dans un village sur la
côte dalmate, son grand-père voulait le bénir. Mon grand-père vivait dans la
maison dans laquelle sa famille avait vécu depuis le jour où Muromachi régnait
sur Kyoto. Depuis, sur la côte dalmate, de nombreux maîtres s'étaient succédés
– les doges de Venise, les sultans d'Istanbul, les corsaires d'almissa, les
empereurs d'Autriche, et les rois de Yougoslavie. Mais ces nombreux changements
dans l'uniforme et la langue des gouverneurs avaient changé peu de choses dans
la vie quotidienne au cours de ces 500 ans. Les mêmes chevrons d'olivier
soutenaient le toit de la maison de mon grand-père. L'eau était toujours captée
dans de grandes plaques de pierre sur le toit. Le vin était pressé dans les
mêmes cuves, le poisson attrapé dans des bateaux similaires, et l'huile
provenait d'arbres plantés alors qu'Edo était encore jeune.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Mon grand-père recevait les
nouvelles deux fois par mois. Elles arrivaient dorénavant tous les trois jours,
en bateau à vapeur; juste avant, elles mettaient cinq jours à venir, en bateau
à voile. Lorsque je suis né, pour les personnes qui vivaient en dehors des
routes principales, l'histoire s'écoulait encore lentement, imperceptiblement.
La plus grande partie de l'environnement était encore des communaux. Les
gens vivaient dans des maisons qu'ils avaient construites, marchaient le long
de routes foulées par leurs animaux ; étaient autonomes pour l'obtention
et l'usage de leur eau ; pouvaient compter sur leurs propres voix
lorsqu'ils désiraient revendiquer quelque chose. Tout cela changea avec mon
arrivée à Brac.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/.micro_m.jpg&quot; /&gt;Sur le même bateau qui
m'amenait, en 1926, le premier mégaphone arrivait sur l'île. Peu de gens
avaient jamais entendu parler d'une telle chose. Jusqu'à ce jour, chaque homme
et femme avait parlé d'une voix à peu près aussi puissante. Cela allait
changer. L'accès au microphone allait déterminer quelle voix serait mise en
valeur. Le silence, dès lors, avait cessé d'appartenir aux communaux ; il
était devenu une ressource pour laquelle les mégaphones étaient en concurrence.
La langue elle-même fut transformée de bien commun local en ressource nationale
de communication. Tout comme l'enclosure des lords avait accru la productivité
nationale en déniant aux paysans le droit de garder quelques moutons,
l'empiètement du mégaphone avait détruit ce silence par lequel, jusqu'à ce
jour, chaque homme et chaque femme possédait une voix à peu près aussi
puissante que celle des autres. Si vous n'avez pas accès à un micro,
aujourd'hui, vous êtes réduit au silence.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;J'espère que le parallèle
devient clair. Comme la communauté d'espace est vulnérable et peut être
détruite par la motorisation du trafic, la communauté de langue est vulnérable
et peut facilement être détruite par l'empiètement des moyens modernes de
communication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;La question que je voudrais à
présent vous proposer pour la discussion devrait dès lors être claire : comment
résister à l'empiètement de nouveaux appareils et systèmes électroniques sur
des communaux qui sont plus subtils et plus intimes à notre existence que les
pâturages ou les routes – des communaux au moins aussi précieux que le silence.
Le silence, si l'on en croit les traditions aussi bien orientales
qu'occidentales, est nécessaire à l'émergence des personnes. Il nous est retiré
par des machines qui singent les gens, les imitent. Nous pourrions facilement
être rendus toujours davantage dépendants de machines pour parler et pour
penser, comme nous le sommes déjà pour bouger.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;border: medium none ; padding: 0cm;&quot;&gt;Une telle transformation de
l'environnement des communaux en ressource productive constitue la forme la
plus fondamentale de dégradation environnementale. Cette dégradation a une
longue histoire, qui coïncide avec l'histoire du capitalisme mais qu'on ne peut
réduire à celui-ci. Malheureusement, l'importance de cette transformation a été
négligée ou sous-estimée par l'écologie politique jusqu'à présent. Elle doit
être reconnue si nous devons organiser des mouvements de défense de ce qui
reste des communaux. Cette défense constitue la tâche publique primordiale
d'action politique pour les années 80. Elle doit être entreprise urgemment
parce que les communaux peuvent exister sans police, mais pas les ressources.
Comme le trafic routier, les ordinateurs ont besoin d'une police, toujours plus
nombreuse, aux formes toujours plus subtiles.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par définition, les ressources doivent être défendues par la police. Une
fois qu'elles sont défendues, leur recouvrement comme bien commun devient de
plus en plus difficile ; c'est là une raison particulière pour agir
rapidement.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/10/08/Le-silence-comme-bien-commun#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/10/08/Le-silence-comme-bien-commun#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/161536</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>&quot;e-Homo&quot;</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/08/17/e-homo-%3A-encore-une-race-superieure</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:706926970998ac5d906b6748b7a33172</guid>
    <pubDate>Sun, 16 Sep 2007 14:45:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt; &lt;strong&gt;- Avertissement - ce billet est long. La version complète est
&lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://home.scarlet.be/%7Emp060204/site/articles/pdfs/e-homo.pdf&quot;&gt;en pdf&lt;/a&gt;,
tandis que ce qui suit n'est qu'un résumé.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p style=&quot;margin-bottom: 0.5cm; page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Sur le site armees.com, consacré aux questions militaires, on trouve, entre
inquiétudes sur les possibilités de guerres atomiques, articles de généraux
salivant à la pensée d'essaims de nano-robots combattants et l'inévitable
rubrique « total forme », un&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.armees.com/e-Homo-le-nouvel-homme-du-futur-proche,3876.html&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
article&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt; 
intitulé : « e-Homo : le nouvel homme du futur proche ». Il est signé
par Alexandre Nariniani, de l’Institut d’intelligence artificielle de Russie.
Je ne suis pas un grand familier des sites militaires, mais je dois avouer que
cet article m'a beaucoup impressionné et que je me suis senti obligé d'y
réagir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Que dit-il? En deux mots, quelque chose dont on entend beaucoup parler depuis
déjà un certain temps : que &lt;strong&gt;la fusion entre l'être humain et les
technologies de l'information (TI) va donner naissance à une nouvelle catégorie
d'êtres que l'auteur appelle &amp;quot;e-Homo&amp;quot;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À bien des égards, je suis d'accord avec son diagnostic, qui vient confirmer et
élargir mes intuitions et mes peurs; la mutation a déjà commencé, les
interfaces homme-machine se développent.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0.5cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
L'e-Homo : l'homme supérieur, enfin?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0.5cm; page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Mais ce ne sont là que balbutiements en comparaison de ce qui, selon A.
Nariniani, nous attend.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
L'e-Homo est vraiment &lt;strong&gt;le rêve de la puissance&lt;/strong&gt; qui aurait enfin
accouché de son « idéal » : omniscience, immortalité et... ubiquité
potentielle grâce à la dissolution des frontières entre réel et
virtuel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;Il
est proprement grisant, pour un journaliste ou quiconque travaille dans la
recherche, de lire pareilles perspectives de développement des capacités
individuelles de traitement de l'information. Mais &lt;strong&gt;le prix à
payer&lt;/strong&gt; sera à la hauteur des bénéfices attendus : une transparence
quasi totale de l'individu vis-à-vis de la société, en faisant un objet
d'influence de plus en plus malléable.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;&lt;br /&gt;

Cette &lt;strong&gt;tendance vers toujours davantage de contrôle&lt;/strong&gt;,
consubstantielle au développement du &lt;a href=&quot;http://www.cherche-midi.com/FR/catalogue/fichelivre.asp?id=903&quot;&gt;système
technicien&lt;/a&gt;, est d'ailleurs clairement envisagée par A. Nariani dans son
introduction :&lt;/span&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
« [...]&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;la
dépendance croissante de &amp;quot;l’e-Homo&amp;quot; vis-à-vis de son milieu, allant jusqu’au
contrôle total&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
En effet&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;,
l'implantation de machines dans le corps humain suscite le spectre d'une
dépendance potentiellement totale, comme l'indiquent Nariniani et le Dr Patrick
Barriot, un colonel spécialisé dans les questions de sécurité, qui traçait en
annexe d'un&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.point-org-securite.com/nanotechnologies%20-%20biotechnologies%20-%20robotique.htm&quot;&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
article récapitulatif&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt; 
sur les nouvelles technologies l'évolution probable de l'interface
homme-machine :&lt;/span&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
1. La machine restitue des aptitudes perdues ou détériorées&lt;br /&gt;
2. La machine améliore les capacités sensorielles ou cognitives&lt;br /&gt;
3. La pensée dirige la machine&lt;br /&gt;
4. Le cerveau communique avec la machine&lt;br /&gt;
5. La machine décrypte les pensées&lt;br /&gt;
6. La machine dirige le cerveau&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
L'on se situe actuellement entre les phases 3 et 4, la suite est encore de la
science-fiction. &lt;a style=&quot;font-weight: bold;&quot; href=&quot;http://www.wired.com/medtech/health/news/2007/09/bci_games&quot;&gt;Quoique
(en)&lt;/a&gt;...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Évaluer les risques&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Les auteurs de ces deux articles, qui s'accordent pour signaler l'existence de
risques fondamentaux dans cette évolution (le contrôle total de la personne
humaine par des dispositifs techniques), se bornent à souligner l'existence de
ces risques, sans les détailler. Il faut pourtant le faire! En gardant à
l'esprit que de telles spéculations flirtent dangereusement avec le ridicule
compte tenu de l'échelle des problèmes considérés. Je sollicite donc
l'indulgence de mes lecteurs... et essaie tout de même.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Un premier point, &lt;strong&gt;culturel&lt;/strong&gt;, concerne ce que je soulignais
précédemment au sujet des privatisations successives permises par les progrès
de l'exploration techno-scientifique et l'exploitation marchande de ses
découvertes (un dicton du business : « &lt;em&gt;once &lt;span lang=&quot;en-US&quot;&gt;it's&lt;/span&gt; &lt;span lang=&quot;en-US&quot;&gt;measured&lt;/span&gt;, &lt;span lang=&quot;en-US&quot;&gt;it's&lt;/span&gt;
&lt;span lang=&quot;en-US&quot;&gt;done&lt;/span&gt;&lt;/em&gt; »). Dans la mesure où
&lt;strong&gt;qui dit relation marchande dit relation de contrôle&lt;/strong&gt;, on&lt;/span&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/.parano_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;peut
se demander ce qu'un sentiment comme la confiance, la paix intérieure qu'elle
procure et la qualité de relation qu'elle permet pourraient devenir dans un
monde où chacun sera obligé de contrôler l'intégralité de ses relations aux
autres, en permanence. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Un second point : les problèmes &lt;strong&gt;sanitaires&lt;/strong&gt; posés par le
voisinage de plus en plus étroit entre nos corps et les machines posent la
question de la possibilité brute d'une cohabitation entre eux. La polémique qui
enfle actuellement sur les effets des micro-ondes hertziennes (GSM, WI-FI et
autres standards de la communication sans fil), de la pollution génétique et
hormonale, etc. ne présage rien de bon. Pourrons-nous supporter nos implants,
ou, à terme, faudra-t-il tout remplacer pour cause de dégénérescence des tissus
intermédiaires?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
C'est que, au même titre qu'il est illusoire de parler d'identité strictement
limitée à l'individu (nous sommes, corporellement, le fruit de l'interaction
entre notre génome et son environnement, et, psychiquement, le fruit de notre
insertion dans la culture humaine), &lt;strong&gt;il est illusoire de séparer le
corps de l'environnement qui le fait vivre&lt;/strong&gt;.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Or, depuis que nous considérons que la Terre nous appartient au lieu de
l'inverse, nos créations techniques ne cessent de dégrader un environnement
dont pourtant nous ne pouvons nous passer, pas plus que nous ne le maîtrisons
puisque nous sommes incapables de le dupliquer (cf l'échec du projet&lt;/span&gt;
&lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Biosph%C3%A8re_II&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Biosphère II&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
(photo))&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/./.Biosphere2_1_s.jpg&quot; /&gt;. Les nombreuses espèces que l'on
continue de découvrir attestent de ce fait : &lt;strong&gt;non seulement nous
détruisons, mais nous ignorons ce que nous détruisons&lt;/strong&gt;. Mais,
répondront Nariniani et tous les tenants du&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://transhumanism.org/index.php/WTA/languages/C46&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
transhumanisme&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;,
quelle importance? La technique nous promet enfin de dépasser nos limites
corporelles, pourquoi s'interdire de le faire? Se dépasser, progresser : une
vieille lune pourtant! Qui rappelle l'absurde et éternel combat entre l'épée et
le bouclier. Aujourd'hui que l'épée est en mesure de détruire la planète pour
de bon, pouvons-nous en tirer les conséquences adéquates? Le pouvons-nous
vraiment? L'hypothèse la plus probable aujourd'hui est que&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier/2007/08/ote-toi-de-mon-.html&quot;&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
même ceux qui ne s'y résoudront pas seront poussés à dépendre toujours
davantage des machines&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt; 
puisque nous sommes de toute façon en train de détruire un milieu vivant dont
nous ne sommes qu'un maillon et dont nous dépendons absolument sous notre forme
actuelle. La vie est mouvement et évolution, la technique est clôture : deux
élans de plus en plus contradictoires au fur et à mesure que la technique
parfait et étend son emprise.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Une « Migration de la Conscience » ?&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Si le milieu change, alors nous devrons changer à sa mesure si nous voulons
survivre. Le pourrons-nous? Cette question en amène deux autres si l'on parle
d'un changement radical : existe-t-il une « nature humaine » qui soit
indépendante du corps humain, et si oui cette entité est-elle transposable à
d'autres « supports »?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Ce que l'on considère en général comme indiscutablement humain, c'est la
&lt;a style=&quot;font-weight: bold;&quot; href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience#Repr.C3.A9sentation_de_sa_propre_existence&quot;&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
conscience de soi&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, ou représentation de sa propre existence. Cette
conscience de soi et du monde aboutit à ce que le psychanalyste et philosophe
M. &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Miguel_Benasayag&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Benasayag&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
nomme joliment la « &lt;strong&gt;fragilité &lt;/strong&gt;», la perception à la
fois de son existence et de la possibilité de sa non-existence. Pourtant, la
forme, la nature, la composition, la structure de cette conscience sont l'objet
de davantage de questions que de réponses&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
À la question de savoir si cette conscience pourrait être indépendante du corps
humain, il me semble que la seule possibilité qui puisse valider une telle
hypothèse serait celle d'une conscience purement langagière - ou au moins basée
sur un langage, sous forme de programmation - adossée à une puissance de calcul
brute. Cetrte conscience ne serait pas celle d'un corps humain mais uniquement
de l'hémisphère gauche du cerveau, siège supposé du langage et du raisonnement
logique, couplée à des appareils de perception et d'émission. Il me semble
qu'une composante majeure de la conscience humaine est absente de ce schéma :
&lt;strong&gt;le temps&lt;/strong&gt;. Nous sommes, humains, hantés par le spectre de notre
finitude; croissance, maturation, dépérissement, les trois âges de la vie, sont
notre lot commun; ce temps vivant est à la fois cyclique et linéaire, une sorte
de spirale... Alors que le dispositif de perception-communication que
représente e-Homo ne fonctionne, comme toute machine, qu'au long d'un temps
linéaire. Une « migration » de cette conscience du corps humain vers
un dispositif technique suppose donc, en l'état des connaissances actuelles
(pour autant que je puisse en juger) une perte, un
assèchement.&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 0 1em 1em; float: right;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/medium_Cyborg.jpg&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Une autre approche de la « migration de la conscience » consiste à
s'intéresser au &lt;strong&gt;désir&lt;/strong&gt;, qui joue un rôle fondamental dans la
psyché humaine. G. Deleuze et F. Guattari, dans leur livre « &lt;a href=&quot;http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&amp;amp;livre_id=2013&quot;&gt;L'anti-Oedipe&lt;/a&gt; »,
parlent d'une structuration machinique de l'inconscient par l'intermédiaire du
concept de « machine désirante »; si ce qui produit le désir est
machinique, alors il devrait être possible de reproduire sa structuration. Mais
sa teneur, son sens (au sens de sa direction)? Le désir se forme et s'articule
en fonction d'une configuration spécifique, intégrant à la fois sa production
immanente et l'objet vers lequel il tend et qui lui est apporté par son
environnement (aussi bien naturel que culturel). À nouveau surgit cette
question de l'environnement : si celui-ci diffère, alors le désir diffère
évidemment aussi. Toute « migration », si « migration » il
y a, implique donc une modification profonde de l'objet de désir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
La question d'une « nature humaine spécifique » essentielle et
constante, que l'on pourrait du même coup transposer à notre convenance, me
paraît ainsi nulle, non avenue et relever d'une forme de superstition; parler
de l'homme comme d'une entité individuelle se suffisant à elle-même n'a pas de
sens (sauf pour la &lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/Je-jouis-donc-je-suis-:-une-histoire-des-relations-publiques-et-de-lindividu&quot;&gt;
propagande publicitaire&lt;/a&gt; mais c'est un autre sujet). Cet e-Homo n'aura de
toute évidence ni les mêmes besoins, ni les mêmes désirs, ni la même conscience
que nous.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
On peut cependant, et je suppose que c'est ce qui est espéré, imaginer des
solutions intermédiaires. Peut-être y a-t-il moyen de trouver un &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Modus_vivendi&quot;&gt;&lt;em&gt;modus vivendi&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; entre
le règne biologique et le règne technique, le fameux « développement
durable » (pour le moment, une blague de très mauvais goût sous forme
d'oxymore). Le défi est sans exemple : nous sommes la première société de
l'histoire – corrigez-moi si c'est une bêtise – à tenter de s'auto-limiter...
Mais, croire que nous pourrions maîtriser un environnement technique dont nous
avons un besoin vital revient à faire la même erreur que de croire que nous
maîtrisons aujourd'hui notre environnement naturel : nous sommes en interaction
avec lui, et il nous maîtrise tout autant que nous le maîtrisons. Pour preuve,
les sueurs froides que chacun éprouve en constatant l'ampleur des dégâts que
nous lui infligeons et de leurs conséquences... pour nous.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Si « migration de la conscience » il y a, on peut d'ores et déjà
affirmer un certain nombre de choses à son sujet :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
-     elle sera une modification profonde de ce qui est perçu,
assèchement probable de la diversité des sensations contrebalancé par une
montée en puissance de celles qui feront l'objet d'une médiation
technique.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;-&lt;/strong&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial; font-weight: bold;&quot;&gt;
    Cette modification sera sans retour en arrière possible du
fait de l'altération de l'environnement vivant qui aura été nécessaire à sa
fabrication et à son maintien.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;br style=&quot;font-weight: bold;&quot; /&gt;
&lt;br style=&quot;font-weight: bold;&quot; /&gt;
&lt;strong&gt;-     Cette montée en puissance se fera au prix d'une
dépendance considérablement accrue vis-à-vis du système technique ambiant dans
lequel nous vivrons.&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Assèchement et dépendance collective comme prix de la puissance individuelle :
y gagnons-nous? Une soumission aussi totale au système technicien nous
rend-elle réellement plus puissants?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Surtout : sortir de l'humanité pour se fondre dans la technique sera-t-il
possible sans mourir pour de bon? La question se pose au fur et à mesure que
nous développons l'intelligence artificielle. Comme le dit très bien&lt;/span&gt;
&lt;a href=&quot;http://en.wikipedia.org/wiki/E._W._Dijkstra&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
E. W. Dijkstra (en)&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;,
&lt;span style=&quot;&quot;&gt;« &lt;em&gt;La question de savoir si un ordinateur peut penser
n'est pas plus intéressante que celle de savoir si un sous-marin peut
nager&lt;/em&gt; », autrement dit compter sur l'éventuelle empathie d'une
intelligence artificielle - ou d'un e-Homo entièrement soumis à des impératifs
techniques - pour nous préserver est commettre une lourde
erreur&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;
&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Rien, aujourd'hui, ne permet d'affirmer qu'une conscience de soi compréhensible
par les humains et pouvant comprendre ceux-ci pourrait exister au sein d'un
environnement purement technique et donc garantir, sous une forme ou l'autre,
la perpétuation de la spécificité humaine sous une forme
non-biologique...&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://fr.wikipedia.org/wiki/Singularit%C3%A9_technologique&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Au contraire&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
« La nouvelle civilisation des &amp;quot;e-Homos&amp;quot; est trop proche pour classer
cette question dans la catégorie de la science-fiction. Elle approche, on le
sent déjà très bien aujourd’hui. Nous apportons nous-mêmes une contribution à
sa formation. »&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
[...]&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
« Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre. »&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/colosse_fin.jpg&quot; /&gt;Cela vaut-il la peine de sacrifier la proie pour
l'ombre? Peut-on empêcher cela?&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;page-break-after: auto;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/08/17/e-homo-%3A-encore-une-race-superieure#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/08/17/e-homo-%3A-encore-une-race-superieure#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/141142</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Zones de silence : organiser le lâcher-prise</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/07/25/Zones-de-silence-%3A-organiser-le-lacher-prise</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:07f93e586a5bd2ed8fed7432b754f1a8</guid>
    <pubDate>Wed, 25 Jul 2007 00:07:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Un problème bien connu des professionnels des télécommunications est la zone
de silence. Il s'agit d'une zone dans laquelle la réception du signal d'un
émetteur est difficile ou impossible. C'est ce type de phénomène qui vous
permet de prétexter des interférences pour raccrocher au nez d'un interlocuteur
difficile à éconduire. Ce qui, dans ce cas, relève du problème à régler devient
dans d'autres domaines un objectif à atteindre : en urbanisme, une zone de
silence est une zone dans laquelle on a décrété une interdiction de la
circulation automobile (les premières étaient autour des hôpitaux). Cette
notion a également fait son apparition dans le code forestier : si le bruit
nous dérange, il dérange également les autres êtres vivants. Une zone de
silence est donc également une zone d'au minimum un kilomètre carré où les
nuisances sonores &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
dues&lt;/span&gt; aux activités humaines sont tellement faibles qu'elles n'entravent
pas les bruits naturels de cette zone, ceux émis par la flore et la
faune&lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;.
Ce&lt;/span&gt; dispositif est notamment &lt;span style=&quot;background: transparent none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
important&lt;/span&gt; pour la bonne reproduction des espèces animales et donc,
compte tenu &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
du rôle&lt;/span&gt; de ces dernière&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;s
dans&lt;/span&gt; la reproduction de nombreuses espèc&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;es&lt;/span&gt;
de plantes (de nombreuses plantes ont en effet besoin des animaux pour la
dissémination de leur matériel génétique), pour l'ensemble de l'écosystème.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;img style=&quot;margin: 0 1em 1em 0; float: left;&quot; alt=&quot;&quot; src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/./.interdiction-avertisseur-_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Musique ou bruit?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;C'est en général lorsque quelque chose commence
à disparaître que l'on commence à se soucier de sa préservation. Le silence
serait-il en voie de disparition? Officiellement, le silence est défini comme
une absence de bruit. Il faut donc se référer à celui-ci pour en obtenir une
définition «inversée»: le bruit est, selon le dictionnaire et l'usage courant,
un mélange de sons discordants, un phénomène acoustique désagréable. Le silence
&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
serait donc juridiquement&lt;/span&gt; une absence de sons désagréables... Le
problème est qu'il n'y a que peu de sons unanimement reconnus comme pénibles :
ceux qui sont douloureux parce que leur volume sonore est trop élevé (avions au
décollage, concerts trop amplifiés...), et ceux que la conjugaison de leur
durée et de leur volume rendent nuisibles à la santé (trafic routier...).
&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Les sons&lt;/span&gt; ne font pas l'objet d'un tel consensus: &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
d'aucuns&lt;/span&gt; considéreront comme agressifs certains sons que d'autres
aduleront et inversement. Imposer le silence revient, dans ce cas, à
privilégier systématiquement l'option défensive, ce que savent bien tous les
patrons de café-concert qui ont dû mettre fin à leurs activités par manque de
moyens pour se mettre aux normes anti-bruit, ou les responsables culturels des
villes côtières du sud de la France qui s'arrachent les cheveux devant
l'opposition systématique à toute forme d'événement &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
remuant quelque peu les&lt;/span&gt; milliers de pensionnés venus finir leurs jours
«au calme». La définition de ce qu'est un bruit ou un son varie donc beaucoup,
ce qui donne inévitablement lieu à des affrontements.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les boeufs sont bruyants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Dans cette guerre du bruit, les vainqueurs sont
sans surprise du côté des puissants du jour. Ainsi, la même ville de Bruxelles
qui fait fermer les cafés-concert, entrave le «Gazon»&lt;sup&gt;&lt;a class=&quot;sdfootnoteanc&quot; name=&quot;sdfootnote1anc&quot; href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/07/25/#sdfootnote1sym&quot; id=&quot;sdfootnote1anc&quot;&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et expulse les musiciens du métro nous
impose le survol quotidien de dizaines d'avions de ligne à basse altitude, les
vols stationnaires au-dessus des toits d'un hélicoptère de police, tolère sans
broncher une pollution sonore (et chimique) majeure sur tout son territoire
issue du trafic automobile et ne semble pas gênée de laisser diffuser de la
publicité sur fond de musique festive dans ses principales artères
commerciales. Transports, Commerce et Police sont ainsi les secteurs les plus
bruyants de notre société.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Tous ces moyens techniques d'émission de bruits
s'ajoutent les uns aux autres pour créer, en ville, un «bruit de fond» : le
silence devient, &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
en zone urbaine&lt;/span&gt; en tout cas, un bien rare et qui joue d'ailleurs sur le
niveau des prix de l'immobilier. On retrouve cette marchandisation du silence
dans la communication : les opérateurs de téléphonie envisagent à terme de
créer des abonnements gratuits en échange desquels vous devrez écouter la
publicité lors de chaque appel : pour la quiétude, il faudra continuer
&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
à&lt;/span&gt; payer.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;La privatisation du silence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Cela me rappelle l'histoire qu'Ivan Illich, un
important penseur mort en 2002, racontait lors d'une conférence au Japon au
début des années 80. Il expliquait que sur le bateau qui l'emmenait rendre
visite à son grand-père sur l'île de Brac, en 1926, &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
en&lt;/span&gt; mer Adriatique, se trouvait le premier &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
mégaphone et qu'un&lt;/span&gt; tel outil &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
avait changé&lt;/span&gt; définitivement le rapport de la collectivité au silence. En
effet, expliquait-t-il, tout comme la généralisation des clôtures avait fait
passer les terres communes sous le régime de la propriété privée et les
voitures transformé nos rues de lieux de vie en espaces de déplacement,
l'apparition du mégaphone a fait passer le silence d'un statut de bien commun à
celui de ressource rare dont il faut se disputer l'accès puisqu'on peut le
supprimer. Lorsque chacun n'avait que sa propre voix à sa disposition, tout le
monde était logé à la même enseigne, si l'on peut dire (toutes choses égales
par ailleurs); l'apparition des techniques d'amplification de la voix change
radicalement &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
la donne puisqu'elles&lt;/span&gt; permettent potentiellement de saturer l'espace
sonore si on ne les limite pas. Et l'histoire montre que si l'apparition du
microphone a permis l'éclosion d'immenses artistes vocaux, cette invention a
également permis à des personnages beaucoup moins bien intentionnés d'obtenir
un auditoire sans commune mesure avec l'intérêt de leurs paroles.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;&lt;strong&gt;échapper à la puissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;margin-bottom: 0cm;&quot;&gt;Organiser des zones de silence, des espaces de
calme et de repos semble donc une contrepartie très nécessaire à notre mode de
vie toujours plus organisé par la performance et les outils de communication de
masse. Le défi est de taille puisqu'il s'agit de mettre en place et de faire
respecter durablement une limite à nos propres appétits de puissance. Un tel
discours n'est guère audible aujourd'hui que l'on nous répète qu'il faut être
compétitif, donc puissant, pour survivre; je le crois cependant très
nécessaire. &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
Tout d'abord, d'un point de vue de santé publique,&lt;/span&gt; l'intérêt de telles
zones de silence est évident pour lutter contre les effets de la pollution
sonore.&lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;Ensuite,
d'un point de vue environnemental,&lt;/span&gt; elles permettent de préserver des
zones où l'intervention humaine est minimale et où les capacités
d'auto-régénération du vivant sont préservées (puisque nous ne sommes pas ou
plus capables de vivre en symbiose avec les écosystèmes naturels, la seule
façon de préserver ces derniers semble être de leur abandonner absolument
certaines zones, entourées par des «zones tampons»). D'un point de vue
politique, elles permettent de sortir du champ de la «guerre du &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
bruit». Préserver&lt;/span&gt; des zones de calme protégées des opérations de
communication et de gestion de masse est évidemment souhaitable pour pacifier
les rapports sociaux, atténuer les affrontements et permettre l'existence de
«soupapes» de dégagement lorsque les tensions sont trop vives. Enfin, d'un
point de vue spirituel, préserver pour chacun la possibilité d'une
fréquentation intime du silence pourrait permettre de préserver le sens le plus
important pour vivre ensemble : l'écoute...&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div id=&quot;sdfootnote1&quot;&gt;
&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a class=&quot;sdfootnotesym&quot; name=&quot;sdfootnote1sym&quot; href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/07/25/#sdfootnote1anc&quot; id=&quot;sdfootnote1sym&quot;&gt;1&lt;/a&gt;Le « Gazon » est un
événement nocturne estival ayant lieu dans les parcs de Bruxelles depuis 2004
et qui, cette année, s'est vu confronté à toute sorte de conditions nouvelles
(pas d'alcool, fermeture à 2h du matin...) qui ont &lt;span style=&quot;background: rgb(255, 255, 255) none repeat scroll 0% 50%; -moz-background-clip: -moz-initial; -moz-background-origin: -moz-initial; -moz-background-inline-policy: -moz-initial;&quot;&gt;
empêché l'événement&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/07/25/Zones-de-silence-%3A-organiser-le-lacher-prise#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/07/25/Zones-de-silence-%3A-organiser-le-lacher-prise#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/135578</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Je jouis donc je suis : une histoire des relations publiques et de l'individu</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/Je-jouis-donc-je-suis-%3A-une-histoire-des-relations-publiques-et-de-lindividu</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:023e81219c6d61c98d036bffd0d67a93</guid>
    <pubDate>Thu, 14 Jun 2007 10:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela fait maintenant près d’un siècle qu’existent les
« relations publiques ». Utilisées massivement depuis des décennies, ces
techniques modifient notre environnement et la perception que nous en avons.
Quel a bien pu être leur impact sur notre perception de nous-même?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Leur inventeur, Edward Bernays, autrichien, est un neveu de Freud qui émigra
aux USA au début du XXe siècle. Ayant constaté au service de l’administration
américaine l’efficacité des outils de propagande en temps de guerre, il créa
pour leur exploitation en temps de paix la première agence de relations
publiques en 1919, à New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devint très vite riche et influent, travaillant pour un nombre important
de grandes firmes américaines (Dodge, Procter&amp;amp;Gamble, American Tobacco,
Cartier Inc., Best foods, CBS, United Fruit, General Electric...) ainsi que
pour des clients politiques de premier ordre comme le président américain
Coolidge en 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple célèbre de son travail est son action pour le compte d'American
Tobacco : il existait, à cette époque, au sein de la société américaine,
un tabou puissant contre l'usage du tabac par les femmes, ce qui limitait le
marché des cigarettiers. Bernays eut l'idée d'envoyer défiler, lors de la
Parade de New York du 31 mars 1929, un groupe de jeunes mannequins. Il avertit
la presse qu'au cours de la manifestation, un groupe de jeunes féministes
allumerait des «flambeaux de la liberté » (« &lt;em&gt;Torches of
Freedom&lt;/em&gt; »), aux USA une allusion au puissant symbole de la Statue de la
Liberté. À son signal, les mannequins allumèrent toutes ensemble une cigarette
Lucky Strike devant les reporters et les photographes assemblés; l'événement
fit grand bruit. Cette action, associant de façon puissante – la couverture
médiatique fut excellente – l'usage du tabac à une revendication politique,
contribua à vaincre le tabou et les femmes se mirent à fumer, entre autres en
symbole d'émancipation (l'idée de cette action lui avait été vendue par l'un
des premiers psychanalystes américains, A. A. Brill, pour qui les cigarettes
représentaient symboliquement des pénis, des attributs de virilité).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le « père des relations publiques » baptisa son invention
« ingénierie de l’approbation » (&lt;em&gt;The Engineering of
consent&lt;/em&gt;), une rupture pour son époque : il fut le premier à utiliser
à des fins marchandes les théories de son oncle sur la structuration des
comportements par l’inconscient, conjuguées à celles du sociologue français
Gustave Lebon (&lt;em&gt;Psychologie des foules&lt;/em&gt;) et du médecin et psychologue
russe Ivan Pavlov, le découvreur des réflexes conditionnés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant lui, la publicité s’occupait de vanter les mérites utilitaires des
produits qu’elle traitait. Depuis, elle s’est consacrée à faire naître et
entretenir le désir pour ces produits. Ne plus vendre ce dont les gens ont
besoin mais leur donner envie, le désir, contrairement aux besoins, n’étant
limité que par l’imagination (et la capacité d’endettement...). Cette aptitude
du monde des affaires à créer de nouveaux marchés fut l’acte de naissance de la
société de consommation (1), l’enjeu étant parfaitement résumé par l’un des
grands banquiers de Wall Street de l’époque, Paul Mazur de la banque Lehman
Brothers : &amp;quot; Nous devons faire passer l’Amérique d’une culture des besoins
à une culture du désir. Les gens doivent être entraînés à désirer, à vouloir de
nouvelles choses, avant même que les anciennes aient été entièrement
consommées. Nous devons créer une nouvelle mentalité en Amérique. Les désirs de
l’homme doivent dominer ses besoins'' (2). L’utilisation de ces techniques se
heurta pourtant à des adversaires puissants, tel Felix Frankfurter, juge de la
Cour Suprême nommé par Roosevelt qui qualifiait, dans une lettre à ce dernier,
Bernays et ses semblables d’ « empoisonneurs de l’opinion publique,
d’exploiteurs de la bêtise, du fanatisme et de l’égoïsme. » (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait qui a eu le dessus : ces techniques se sont sans cesse
perfectionnées depuis, recourant à des méthodes d’analyse sociologiques et
psychologiques toujours plus fines, recyclant toutes les contestations pour les
intégrer dans le processus marchand. Le tournant se situe entre les années 70
et 80, aux USA : le grand mouvement contestataire, ayant échoué au plan
collectif, se recycle sur le plan individuel, posant la liberté individuelle
totale comme nouvel axiome. Le problème, pour les entreprises confrontées à
cette évolution, a été de réussir à prévoir les comportements de ces individus
revendiquant la liberté absolue de choix de vie, afin de pouvoir leur proposer
des produits qui leur correspondent. Cela sera possible dans un premier temps
grâce aux innovations du marketing (l’utilisation de méthodes d’analyse
sociologique des valeurs plutôt que des actes permet une segmentation affinée
de la population en « styles de vie » ou «tribus»), puis, dans un
second temps, par la restructuration de l’économie autour de la demande après
avoir été, dans le modèle fordiste des trente glorieuses, structurée autour de
l’offre. Plus que jamais, « &lt;em&gt;le consommateur est roi&lt;/em&gt;... »
Dans ce schéma, l’exploitation du désir est centrale, d’autant plus que le
discours publicitaire contemporain vend ses produits comme des possibilités
d’expression personnelle : l’individu peut désormais, en plus d’un style
de vie, acheter des valeurs (commerce équitable, développement durable, etc.)
et donc ne plus se soucier des conséquences de son égoïsme puisque des
professionnels s’en occupent (4). Le socialisme dans une seule personne!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ne va pourtant pas de soi dans cette logique, à commencer par la
qualité des liens sociaux pouvant être vécus dans cette configuration.
L’individu, en effet, n’est rien par lui-même. D’après M. Benasayag, ce dernier
« &lt;em&gt;se perçoit en effet comme cette entité radicalement séparée de tout,
vierge de toute appartenance et se promenant de par le monde comme si les
autres, les choses, la nature, les animaux, etc., étaient un décor posé là tout
exprès pour que sa vie puisse s’y dérouler&lt;/em&gt; » (5). Une sorte de néant
dont il faudrait croire les effets libérateurs. La destruction des structures
morales préexistantes au nom de « l’interdiction d’interdire » et de
l’esprit critique, indéniablement libératrice, peut-elle se suffire à
elle-même? M. Maffesoli, sociologue français, évoque « &lt;em&gt;le passage de
l’individu (indivisible) à la personne (plurielle),&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt; &lt;em&gt;de l’identité aux identifications multiples&lt;/em&gt; » (6).
On aimerait croire à de telles perspectives, qui promettent une existence
sociale sans retomber dans les raideurs de la morale (7)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de telles visées ne sont clairement pas au programme du monde
économique, pour qui l’efficacité reste tout à la fois un principe de
fonctionnement et une valeur. « Libéré » de ses « entraves »,
l’individu peut enfin consacrer sa vie à la performance. C’est en tout cas ce
que l’entreprise attend de lui et le projet qu’elle lui propose. J’en veux pour
preuve un documentaire sur lequel travaillent deux de mes amis (8) et qui a
pour sujet la préparation des candidats aux écoles de commerce à une épreuve
cruciale de la sélection : l’entretien de personnalité. Écoutons un de
leurs formateurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- &lt;em&gt;Vous avez une chance qui est exceptionnelle, et je veux vraiment que
vous le sachiez. Vous faites partie des seules formations, où, à un moment, on
vous donne le temps, vraiment, de réfléchir sur vous. &lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt; C’est pas simple de vous amener à un objectif dans sa vie.
Attention, citation : « Ne vous contentez pas de flotter, quand vous
pouvez naviguer. » (Les étudiants notent scrupuleusement) « Donnez un
cap à votre vie.» « Soyez les capitaines de votre propre navire. »
C’est hyper-important, ça donne du sens à vos actions. Le nombre de gens dans
le métro qui sont fatigués, qui vont au bureau à reculons, c’est l’enfer. Ils
sont malheureux, c’est hyper-triste. Combien tu vas gagner ? (grimaçant)
2000 euros, j’épargne pas, je pars en week-end, je bouffe, terminé. Ouah !
Bienvenue dans un monde de rêve ! Mais sachez que vous pouvez avoir un
choix différent. Vous amuser. Vous entertainer (rires). &lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt; Vous êtes des initiés maintenant, d’accord ? Vous le savez
ça : business is fun. Je vous jure que quand je vais au bureau le matin je
m’éclate. Et je dors peu. Dans votre vie professionnelle vous pouvez vous
éclater. Ça ne tient qu’à qui ? Qu’à vous. Vous avez la main sur le
joystick. Si vous avez un rêve, une ambition, putain, mais faites-le!
Donnez-vous! Parce que vous pouvez le faire. C’est vous qui choisissez chaque
matin ce que vous allez faire dans votre journée.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apologie du plaisir individuel et de l’énergie, mépris des faibles, vision
d’une vie où tout ferait l’objet de choix souverains décidés du haut d’une
position de surplomb-domination : le discours colle à sa caricature (c’est
d’ailleurs pour cela que j’ai choisi cet extrait). Si « les gens dans le
métro » sont « fatigués » et « hyper-tristes », ce serait
parce qu’ils n’ont pas, eux, fait les bons choix au bon moment. « &lt;em&gt;Ça
ne tient qu’à qui ? Qu’à vous.&lt;/em&gt; » Simplisme redoutable (9)...
Pour cet homme, le monde, les autres n’existent plus, seuls comptent lui-même,
son désir et son courage d’« assumer » ou non ce dernier. Que son
désir puisse être en partie excité, entretenu ou limité par d’autres que lui,
voilà qui ne semble pas l’effleurer... Naïveté? Peut-être, mais rêve
dangereux : l’Autre, si seul importe le désir individuel, ne peut plus
être autre chose que l’objet de ce désir ou un concurrent. Il n’est nulle part
question de rencontre dans le discours qui précède : les élèves ne sont
convoqués que pour applaudir et reproduire une légitimation de la violence au
nom du &lt;em&gt;fun&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici quel type d’homme l’injonction de jouir est susceptible de
créer. E. Bernays, l’inventeur de notre histoire, était un pessimiste. Il
considérait que l’homme n’était qu’une brute primitive dont les instincts
meurtriers, logés dans l’inconscient, ne demandaient qu’à se réveiller pour peu
qu’on leur en laisse la possibilité; les techniques qu’il avait mises au point
devaient empêcher cela. Dans &lt;em&gt;Propagande&lt;/em&gt;, son livre le plus connu, il
explique sa vision de son métier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;La manipulation consciente et intelligente des habitudes et de
l’opinion des masses est un élément important de la société démocratique. Ceux
qui manipulent ces ressorts cachés de la société forment un gouvernement
invisible qui est le véritable pouvoir dominant de notre pays. &lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/...&quot; title=&quot;...&quot;&gt;...&lt;/a&gt; Nous sommes dirigés, nos esprits façonnés, nos goûts
formés, nos idées suggérées par des hommes dont nous n’avons jamais entendu
parler. Il s’agit là du résultat logique de la façon dont est organisée notre
société démocratique. Des êtres humains en grand nombre doivent coopérer de
cette manière s’ils veulent vivre ensemble dans une société qui fonctionne sans
à-coups.&lt;/em&gt; » (10)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La modestie ne l’étouffe guère, et il faut également lire ce texte comme une
forme d’auto-promotion. Mais il peut se permettre de dire des choses aussi
énormes car il sait que les techniques qu’il a inventées sont efficaces. La
conclusion de cet extrait révèle l’arrière-plan idéologique de son
auteur : que penser d’une société dont la finalité serait de «fonctionner
sans à-coups »? Un tel vocabulaire, normalement consacré aux machines, n’évoque
que le contrôle. Le portrait que dresse de lui sa fille dans le film d’Adam
Curtis dépeint un homme incapable de concevoir ses semblables – dont sa
fille... – autrement que comme « stupides ». On reconnaît là l’éternel
dilemme des menteurs : ils n’éprouvent que mépris pour leurs dupes, mais
n’éprouvent que mépris pour eux-mêmes dès lors que leur mensonge est démasqué.
Contrôle, mensonge : tout cela empeste la peur, M. Bernays... Souhaitons
que la prochaine invention de cette ampleur soit basée sur d’autres
ressorts.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cet article paraîtra prochainement en version légèrement raccourcie dans le
journal &lt;em&gt;C4&lt;/em&gt;, dont le dossier sera consacré à la publicité).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Ce nouveau développement de la publicité proposait en outre un remède à
la plus grande crainte des industriels de l’époque : la crise de
surproduction. Cela ne fut cependant pas suffisant en 1929.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) « ''We must shift America from a needs- to a desires-culture.
People must be trained to desire, to want new things, even before the old have
been entirely consumed. We must shape a new mentality in America. Man’s desires
must overshadow his needs.'' » Cité dans le très bon documentaire d’Adam
Curtis « The Century of the Self » (BBC), dont je suis ici la
présentation historique des événements.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) « &lt;em&gt;professional poisoners of the public mind, exploiters of
foolishness, fanaticism and self-interest&lt;/em&gt;. » Felix Frankfurter, cité
sur http://en.wikipedia.org/wiki/Edward_Bernays&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Ce qui, soit dit en passant, approfondit encore les inégalités puisque
les pauvres le deviennent également sur le plan moral : ils ne peuvent se
payer une épargne éthique et des produits respectueux de
l’environnement...&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Miguel Benasayag, &lt;em&gt;Le mythe de l’individu&lt;/em&gt;, La Découverte,
1998.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Michel Maffesoli, &lt;em&gt;Le réenchantement du monde&lt;/em&gt;, La Table Ronde,
2007. Je ne suis qu'à demi convaincu par son analyse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Il faudrait rappeler ici l’introduction que propose K. Polanyi à son
livre La grande transformation, par laquelle il rappelle que les phénomènes
totalitaires naissent d’une réaction violente à l’individualisme
capitaliste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Le film n’étant pas encore sorti, je ne peux en dire davantage pour le
moment.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Et efficace : il vient de remporter l’élection présidentielle
française.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) E. Bernays, &lt;em&gt;Propaganda&lt;/em&gt;, Horace Liveright, NY, 1928 (trad.
personnelle)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/Je-jouis-donc-je-suis-%3A-une-histoire-des-relations-publiques-et-de-lindividu#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/06/14/Je-jouis-donc-je-suis-%3A-une-histoire-des-relations-publiques-et-de-lindividu#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/123652</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>André Lebeau et l'engrenage de la technique - un commentaire de Daniel Cérézuelle</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/05/25/Andre-Lebeau-et-lengrenage-de-la-technique-un-commentaire-de-Daniel-Cerezuelle</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:79a2d63fe31640d60148a48faf4ec01f</guid>
    <pubDate>Fri, 25 May 2007 11:30:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Quelques auteurs lucides et courageux osent parfois affirmer que l'humanité
est aux portes de la nuit, qu'il n'y pas de solution prévisible aux problèmes
résultant de la croissance démesurée. Quand ces auteurs sont des scienfitiques
qui analysent froidement la situation, on éprouve le besoin de s'arrêter pour
se demander où et comment l'humanité trouvera l'inspiration nécessaire pour
limiter les effets des inévitables implosions, sociales et environnementales.
André Lebeau, dont Daniel Cérézuelle commente ici le dernier livre,
&lt;em&gt;L’engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire&lt;/em&gt;, est l'un
de ces scientiques.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des espoirs mal placés&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face à la montée des risques environnementaux de tout ordres, aux inégalités
économiques qui divisent et opposent les sociétés de la planètes, et aux
difficultés énergétiques qui s’annoncent, de plus en plus nombreux sont
aujourd’hui les esprits qui s’inquiètent des orientations de notre civilisation
industrielle et technique et qui mettent leurs espoirs dans la recherche d’un
nouveau modèle de développement, qui serait à la fois durable et équitable.
Sous des formes plus ou moins radicales, la plupart de ces esprits généreux
cherchent des remèdes au mal-développement dans deux directions
complémentaires. D’une part, impulser une nouvelle politique économique capable
de mettre fin à la domination du profit et du court terme pour favoriser une
meilleure répartition mondiale des ressources de l’économie industrielle.
D’autre part, stimuler des démarches de Recherche et Développement visant à
éliminer les contreparties environnementales non désirables du progrès
technique et industriel. Que l’on fasse confiance (surtout à droite) aux
mécanismes du marché, ou qu’on en appelle (surtout à gauche) à la capacité
régulatrice de l’Etat, ou enfin que l’on combine ces deux approches dans des
proportions très diverses, dans tous ces cas on compte sur les nouvelles
technologies et sur un meilleur emploi, plus efficace, plus rationnel et plus
juste, des forces productives pour résoudre les problèmes du mal développement
moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour André Lebeau (1) ces espoirs sont mal placés. Ni la voie
« politique » de l’instauration de nouvelles règles du jeu
économique, ni la voie « scientiste » de la mise au point de
nouvelles technologies industrielles, ni la combinaison des deux ne sont à la
hauteur des défis que nous avons à affronter. Selon cet auteur, en effet, c’est
pour des raisons internes, structurelles, et non sociales, que le système
technique d’appropriation du monde que les hommes ont mis au point au cours de
leur histoire bute désormais sur des limites physiques et biologiques,
probablement infranchissables, qui sont celles des capacités de l’écosphère
terrestre à soutenir la vie. Pour éviter les crises à venir il ne s’agit plus
de partager autrement les fruits de la puissance technique et industrielle.
&lt;img src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/Lebeau.jpg&quot; alt=&quot;Lebeau.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Les soi-disant nouvelles technologies, qui
ne sont qu’un prolongement d’un système technique dont elles dépendent et dont
elles ne sauraient changer la nature profonde, n’offrent pas non plus une
alternative suffisante pour poursuivre le développement de notre économie
industrielle. Même sous la variante du « développement durable », notion
contradictoire et mystificatrice selon Lebeau, l’idée d’un développement
économique indéfini des forces productives n’est pas viable. Notre système
technique bute sur la finitude de notre monde ; les conditions qui ont
rendu possible le développement industriel des trois dernier siècles ne peuvent
se maintenir ; l’humanité va devoir affronter une réduction de ses
ressources énergétiques et donc de sa capacité industrielle ; c’est toute
notre civilisation matérielle et les fondements de notre économie qu’il va
falloir réformer. Entreprise très difficile puisqu’elle consistera en partie à
mettre des freins aux grandes logiques qui ont présidé à la construction de
l’appareillage industriel de l’humanité, et parfois même à aller à rebours de
cet engrenage de la technique qui nous pousse dans une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Droit dans le mur&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l’affirmation que de nombreux problèmes peuvent être résolus par la
technique n’est pas dépourvue de fondement, comme en témoigne d’ailleurs le
passé de l’espèce humaine. La question est de savoir comment ne pas pousser
trop loin l’optimisme. Selon André Lebeau, « Nous vivons l’instant
singulier, dans l’histoire de l’espèce, où de toutes parts elle se heurte aux
limites de la planète.&lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/05/25/%E2%80%A6&quot; title=&quot;…&quot;&gt;…&lt;/a&gt; Littéralement
parlant, nous allons dans le mur, mais rien ou presque rien ne manifeste encore
le caractère inéluctable de la violence et du choc.»(p. 220). Laissée à
elle-même, la dynamique de l’évolution technique nous expose nécessairement à
des tensions environnementales et à des contradictions sociales qui peuvent
rapidement conduire notre civilisation technicienne aux « portes de la
nuit », puisque tel est le titre du dixième et dernier chapitre de ce livre. En
effet il découle de la nature profonde de notre système technique que son
expansion toujours accélérée engendre diverses tensions interdépendantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces tensions résultent d’abord de l’impasse énergétique dont Lebeau fournit
une analyse très claire et bien documentée. Il est clair que l’échéance de
l’épuisement des ressources pétrolières est proche or, « en l’état de la
technique il n’existe aucune solution globale à long terme au problème de la
source d’énergie primaire. (p. 223) ». Si l’on n’accède pas –et c’est le plus
probable- à la maîtrise de nouvelles sources d’énergie, notre système technique
sera confronté à une réduction massive de l’énergie consommée, ce qui va créer
des tensions sociales et politiques qui vont perturber l’équilibre du monde.
« Le rapprochement que l’on peut faire entre les quantités consommées,
l’accélération prévisible et l’estimation des réserves présentes dans
l’environnement montre, quelles que soient les incertitudes, que l’épuisement
est une perspective extraordinairement proche à l’échelle du temps des sociétés
humaines, un siècle tout au plus. » (p. 144). Par ailleurs des tensions
vont être produites par l’aggravation du processus de réchauffement climatique
qui résulte du fonctionnement normal de notre système technique. Ici le
problème n’est pas tant l’ampleur de l’évolution climatique présente (il y en a
eu d’autres dans le passé terrestre) que sa rapidité qui dépasse la capacité
d’adaptation des espèces et risque d’entraîner une baisse sans précédent de la
bio-diversité. Il est clair que dans un tel contexte tout va pousser à
l’exacerbation des conflits entre groupe sociaux pour la maîtrise des
ressources. Si ces risques résultaient seulement d’une orientation récente et
passagère de l’évolution technique, il n’y aurait que demi-mal ! Mais les
impasses qui s’annoncent s’inscrivent dans la droite ligne d’une évolution
technique millénaire qui pèse sur notre présent de tout le poids de ses acquis
pour maintenir sa direction. Tout nous pousse à poursuivre notre marche en
avant. L’analyse scientifique des conditions du progrès millénaire de la
technique conduit à constater que la poursuite de cette évolution technique
conduit à une impasse. On retrouve ici l’idée de Jacques Ellul pour qui le
système technicien n’est pas capable de rétroaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, selon Lebeau il n’y a pas d’échappatoire qui permettrait à
l’humanité de poursuivre dans la voie qu’elle suit depuis si longtemps. En
particulier il serait utopique de mettre nos espoirs dans une « diaspora
spatiale », dans l’idée que la conquête de l’espace nous permettra d’échapper à
l’enfermement planétaire. &lt;img src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/space.jpg&quot; alt=&quot;space.jpg&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;Ici Lebeau qui a occupé de hautes
fonctions au Centre national d’Etudes Spatiales, connaît de première main ce
dont il parle et peut affirmer avec autorité que « &lt;em&gt;Au total, la
diaspora spatiale, cette belle utopie, l’une des dernières qui nous restent, ne
nous offre pas l’espoir d’échapper au destin terrestre qui régit le
comportement de l’humanité&lt;/em&gt;.»(p.254).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, seuls des mécanismes culturels peuvent faire contrepoids
pour résister à la fuite en avant vers le mur et infléchir dans une nouvelle
direction l’évolution de notre système technique. Mais la mise en place en
temps voulu d’une nouvelle politique de la technique suppose des conditions qui
sont loin d’être garanties. Non seulement faudrait-il que les hommes aient une
idée claire des causes de l’impasse actuelle, mais encore faudrait-il aussi
qu’ils aient la volonté, voire plus fondamentalement, la capacité, à
réorganiser leurs comportements collectifs sur de nouvelles bases. Ici Lebeau
nous prévient que la capacité d’adaptation de l’espèce est limitée par ce qu’il
considère comme deux invariants anthropologiques. Il estime que la nécessaire
réorientation de l’activité technique de l’humanité va buter d’une part sur
« &lt;em&gt;la tendance de l’espèce à se constituer en groupes dotés d’une
hiérarchie et qui s’opposent les uns aux autres pour les ressources et pour
l’espace&lt;/em&gt; » (p.240) et d’autre part sur la tendance à la
« &lt;em&gt;préférence parentale&lt;/em&gt; ». Bref, il faudrait que l’homme se mette
à vivre à rebours de ce qui, jusqu’à maintenant, a été sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un livre qui se veut à la fois neutre et engagé&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre, sérieusement documenté et rigoureusement argumenté, écrit par un
scientifique qui fut aussi un haut fonctionnaire se veut neutre, tout au moins
dans sa méthode. Lebeau se fixe comme règle de s’en tenir aux faits et de ne
pas sortir des limites de la stricte objectivité scientifique. Pour cela il
cherche à mettre en perspective les différents constats que pourrait faire un
ingénieur sur l’origine, l’évolution et les limites du système technique
contemporain. Il procède donc à une analyse interne du phénomène technique,
sans s’embarrasser de la prise en considération de ses dimensions sociales,
culturelles, économiques, politiques ou épistémiques. On peut être réticent
quant à la définition trop matérialiste adoptée par l’auteur « la
technique est par essence un ensemble d’actions portant sur la matière »(p.52)
définition réductrice qui laisse de côté l’importance des dimensions
organisationnelles et sociales de la technique (dimensions soulignées par Lewis
Mumford avec la notion de mégamachine, et par Jacques Ellul avec la notion
d’organisation). Par ailleurs on peut légitimement critiquer la civilisation
industrielle à partir d’autres points de vue : celui de la liberté, de la
sensibilité, de la responsabilité etc. Cependant l’étroitesse délibérément
choisie de cette techno-logie naturaliste, voire positiviste, a un avantage
pédagogique non négligeable : elle permet d’élaborer une critique de la
technique moderne du point de vue de l’ingénieur, qui est celui de
l’efficience. Elle explique pourquoi l’entreprise technicienne a été possible,
pourquoi les conditions physiques qui ont fait que ça a marché jusqu’à présent
font que ça ne pourra pas marcher beaucoup plus longtemps, et elle permet
d’identifier certaines des forces qui font obstacle à une réorientation du
système technique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/livre_lebeau.jpg&quot; alt=&quot;livre_lebeau.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Il n’en reste pas moins que si ce livre
est intéressant et instructif c’est parce qu’il n’est pas vraiment neutre. En
dépit de ses précautions, l’engagement moral d’André Lebeau est constamment
sous-jacent et perceptible. Quoi qu’il en dise, tirer la sonnette d’alarme, ce
n’est pas un acte purement scientifique. S’il a écrit ce livre ce n’est pas
seulement parce qu’il est un scientifique à la fibre philosophique, c’est aussi
et surtout parce qu’il se sent responsable et solidaire des hommes
d’aujourd’hui et de demain. Tout le livre est guidé par le souci implicite de
leur éviter de s’engouffrer au-delà des « portes de la nuit » au
risque de perdre leur humanité, et de leur proposer des outils conceptuels qui
leur permettront d’aborder la crise qui s’annonce et de mettre en œuvre les
réorientations nécessaires. Faute d’une compréhension des logiques matérielles
à l’œuvre dans la longue durée, les réponses à cette crise risquent d’être non
seulement inefficaces mais aussi nuisibles. Le travail accompli par Lebeau va
donc au delà du souci de savoir et de comprendre, c’est aussi un geste éthique.
Et cela pour deux raisons. Premièrement, il ne peut y avoir de
« crise » du système technique ou bien de « portes de la
nuit » que par rapport à l’homme et à des valeurs spirituelles ; la
nature rétablira toujours ses équilibres à elle. C’est bien parce qu’il est
attaché a des valeurs humaines que Lebeau est capable de percevoir que la crise
du système technique est porteuse de « risques » : soit disparition
de l’humanité, soit instauration de conditions déshumanisantes. Et c’est parce
que la réalisation de ces risques est incompatible avec son éthique personnelle
qu’il se met au travail. Sans ce souci moral d’éclairer ces risques, Lebeau
n’aurait pas pu sélectionner les faits pertinents, les ordonner et de leur
donner une cohérence. Deuxièmement, Lebeau est parfaitement conscient que si la
science peut aider à comprendre pourquoi nous sommes au pied du mur, elle ne
peut nous dire comment le franchir. Son essai, écrit-il, « n’est pas
tourné vers l’action » (p.261). Non que l’action soit superflue. Au
contraire, il découle de tout le livre qu’elle est nécessaire, voire urgente.
Mais, à rebours de l’idéologie scientiste qui du socialisme « scientifique
», à « l’écologie politique », a engendré d’innombrables
« méthodes » porteuses d’une « nouvelle alliance »
prétendant déduire la morale (et la politique) de la science, le devoir être de
la connaissance de ce qui est, Lebeau a la rare sagesse de reconnaître que si
l’analyse scientifique est nécessaire pour comprendre notre situation, elle ne
suffit pas pour orienter l’action. « Le choix d’une fin à l’action suppose
un choix de valeurs, une attitude morale, qu’ils soient ou non explicites.
Quelle fin veut-on assigner à l’existence de l’humanité autre que celle de
durer ? Ce n’est pas une interrogation à laquelle l’observation de la
nature, amorale et indifférente à l’homme, peut apporter une réponse »
(261). Le livre de Lebeau s’achève donc sur un appel implicite à clarifier les
principes d’une nouvelle politique de la technique qui préserverait la
possibilité d’une existence pleinement humaine. Il est évident qu’il a des
idées sur cette question non-scientifique. On aimerait les connaître.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, et bien que de manière surprenante il ne cite jamais cet
auteur, le livre d’André Lebeau réactualise et complète les analyses de Jacques
Ellul. Il confirme que la maîtrise de technique est bien cet enjeu du siècle
dont nous avertissait Ellul il y a cinquante ans : maîtrise difficile, qui
se heurte à une autonomisation croissante du système technique global :
« &lt;em&gt;la technique engendre sa propre évolution&lt;/em&gt; » (p. 169).
Comme Ellul, Lebeau insiste sur les dimensions informationnelles de
l’accélération technique et en particulier sur le rôle de l’informatisation qui
favorise l’autonomisation des artefacts et leur évolution de plus en plus
rapide vers une complexité croissante. A mon avis, c’est lorsqu’il procède au
croisement de la techno-logie générale et de l’éco-logie que la contribution
d’André Lebeau est la plus originale. L’ensemble est toujours intéressant et
clair. Nuancé, peu suspect de technophobie, ce livre fournit une excellente
propédeutique à la philosophie de la technique et, à mon avis, il devrait être
mis au programme de tous les étudiants en science et en technologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1). Lebeau , André : &lt;em&gt;L’engrenage de la technique, essai sur une
menace planétaire&lt;/em&gt;. Gallimard, Paris 2005. 266p..&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ce &lt;a href=&quot;http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Technique--Andre_Lebeau_et_lengrenage_de_la_technique_par_Daniel_Cerezuelle&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;commentaire&lt;/a&gt; est paru initialement dans l'Encyclopédie de
l'Agora le 11/04/2007. Les autres textes sur les problématiques techniciennes
dans cette encyclopédie sont à conseiller également.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/05/25/Andre-Lebeau-et-lengrenage-de-la-technique-un-commentaire-de-Daniel-Cerezuelle#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/05/25/Andre-Lebeau-et-lengrenage-de-la-technique-un-commentaire-de-Daniel-Cerezuelle#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/115208</wfw:commentRss>
      </item>
    
  <item>
    <title>Bioéconomie : pour une économie du vivant</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/04/11/Bioeconomie-%3A-pour-une-economie-du-vivant</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:9362905bbddc55d6a769873444743cdb</guid>
    <pubDate>Wed, 11 Apr 2007 12:15:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>technique</category>
            
    <description>&lt;p&gt;La bioéconomie est une discipline systémique qui intègre l'ensemble de
l'environnement dans son approche, des apports en énergies solaires et
telluriques aux déchets finaux. Contrairement à la vision économique dominante
actuelle, elle ne considère donc pas que nous vivions dans un monde
potentiellement illimité. Au contraire, en intégrant le concept d'entropie issu
de la thermodynamique, la bioéconomie pose en termes de mesure énergétique la
capacité des écosystèmes à se renouveler, et donc, évidemment, le degré
d'intervention humain au-delà duquel l'exploitation de ces écosystèmes
dépassera le seuil de soutenabilité, la technique humaine étant considérée
comme un &amp;quot;catalyseur&amp;quot;, c'est-à-dire un accélérateur des réactions de
dégradation de l'énergie.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Pour commencer, je vous recommande un premier article de vulgarisation que
l'on pourra lire avec profit pour une présentation de cette approche :
&lt;a href=&quot;http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21811&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=21811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut ensuite approfondir, on peut télécharger l'un des &lt;a href=&quot;http://home.scarlet.be/~mp060204/site/sources/La%20d%E9croissance%20-%20Nicholas%20Georgescu-Roetgen.pdf&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;livres&lt;/a&gt; du principal inventeur de ce mode de mesure, Nicholas
Georgescu-Roegen.&lt;img src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/0.1C6.gif&quot; alt=&quot;georgescu&quot; style=&quot;float:right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de Georgescu-Roegen est schématique mais claire : on ne
pourra échapper à une décroissance matérielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose dès lors le problème du mode retenu pour entreprendre cette
décroissance matérielle. Des critiques s'élèvent déjà, très virulentes, pour
contester l'idée même de décroissance économique comme c'est le cas du dernier
livre de Claude Allègre (voir le &lt;a href=&quot;http://hebdo.nouvelobs.com/p2213/articles/a338588.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;débat&lt;/a&gt; entre Dominique Voynet et lui sur cette question) mais aussi, de
façon plus mesurée, d'un &lt;a href=&quot;http://www.decroissance.org/index.php?chemin=textes/bonaiuti.htm&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;article&lt;/a&gt; de Mauro Bonaïuti contestant les idées de simplicité
volontaire et de décroissance économique :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;quot;J'essaie quelquefois d'imaginer ce qui adviendrait si l'Occident s'adaptait
soudainement au niveau de la consommation moyenne que suggèrent mes amis
critiques envers la consommation. Cela serait une bénédiction pour les
écosystèmes mais une catastrophe pour les revenus et pour l'emploi&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour éviter la récession économique, Bonaïuti prône l'évolution de la
société vers l'exploitation des &amp;quot;biens relationnels&amp;quot; (industrie de la
connaissance/de la formation, services à la personne, etc.), terminant avec une
certaine emphase sur un :&lt;br /&gt;
&amp;quot;la décroissance matérielle sera une croissance relationnelle sociale et
spirituelle ou ne sera pas&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une première critique : la constitution d'une marchandise, quelle
qu'elle soit, passe par une chosification de son objet, un contrôle marchand de
son accès. Opérer une &amp;quot;croissance en termes de biens relationnels&amp;quot; me paraît
donc très susceptible d'aboutir au cauchemar entrevu par H. Selby Junior dans
son livre &amp;quot;Le Saule&amp;quot; (The Willow Tree) : à un vieux SDF pleurant de
solitude qui s'attable près d'elle dans un fast-food de New York, une jeune
fille noire répond :&amp;quot;tu veux parler? C'est 10 dollars!&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde critique : opérer un &amp;quot;découplage&amp;quot; entre croissance économique
et croissance matérielle est déjà perçu comme une priorité dans un
domaine-clé : les transports (Commission Européenne dans son &lt;em&gt;Livre
Blanc sur le transport&lt;/em&gt; de 2006, voir mon billet &amp;quot;&lt;a href=&quot;http://blog.nepigo.net/post/2007/03/19/Transports-a-outrance&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Transports à
Outrance&lt;/a&gt;&amp;quot;). En effet, les transports sont aujourd'hui le secteur dont la
contribution aux émissions polluantes augmente le plus rapidement. &lt;img src=&quot;http://blog.nepigo.net/public/EMbouteillage.jpg&quot; alt=&quot;&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;
De plus, c'est un secteur fondamental pour le commerce : pas de croissance
du commerce de biens matériels possible sans une croissance des transports, et
les infrastructures actuelles sont de plus en plus engorgées. Le &amp;quot;découplage&amp;quot;
entre croissance économique et croissance des transports serait à cet égard le
signe évident qu'un découplage entre croissance économique et croissance
matérielle est possible. Mais, pour l'instant, on ne voir rien venir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, décroissance matérielle, décroissance économique ou les deux? Les
répercussions en termes politiques d'une telle problématique sont vitales pour
quiconque est un peu attaché à la démocratie et l'état de Droit, au calme et à
la douceur. En effet, il est possible d'opérer une décroissance volontaire tant
que l'on dispose de marges de manoeuvre suffisantes. Mais la réduction de ces
marges de manoeuvre du fait du massacre des écosystèmes (notamment marins)
risque d'aboutir à des solutions d'urgence, dont on sait historiquement
qu'elles ne présagent rien de bon en termes de liberté : une réponse
d'urgence sera nécessairement, vu son poids actuel, une réponse de type
technique. Donc une réponse en termes de contrôle : contrôle des
populations, rationnement, etc. Voire même, si l'on se laisse gagner par la
panique, un régime de type &amp;quot;éco-totalitaire&amp;quot; dont vous imaginez tout le bien
que j'en pense.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le doute, je préfère donc opter pour une décroissance économique :
mieux vaut la pauvreté que la dictature.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2007/04/11/Bioeconomie-%3A-pour-une-economie-du-vivant#comment-form</comments>
      <wfw:comment>http://blog.nepigo.net/post/2007/04/11/Bioeconomie-%3A-pour-une-economie-du-vivant#comment-form</wfw:comment>
      <wfw:commentRss>http://blog.nepigo.net/feed/rss2/comments/97436</wfw:commentRss>
      </item>
    
</channel>
</rss>