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  <title>La technique et la peur - développement/humanitaire</title>
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  <description>Les innovations technologiques nous donnent un pouvoir d'intervention immense sur notre environnement et sur nous-mêmes. L'humanité est ainsi devenue une &quot;force géologique&quot;, capable d'influer sur des paramètres aussi énormes que l'évolution de la température de l'atmosphère terrestre ou la biodiversité planétaire. Notre nombre, couplé à la puissance de notre technologie, nous a permis d'accéder à cet état, pour le meilleur comme pour le pire. Pour le moment nous découvrons avec effarement que ce serait plutôt pour le pire; faut-il pour autant céder à la peur? La peur est un indicateur précieux du danger qu'il ne saurait être question d'éviter; aussi ce blog a-t-il pour vocation d'étudier ce danger et ses multiples implications. Mais la peur est aussi un état qui nous rend particulièrement sensibles à la manipulation et amoindrit nos capacités de jugement. Ce blog se propose donc, en plus de donner des connaissances susceptibles de mieux nous renseigner sur ce qui nous effraie, de remettre dans leur contexte les diverses tentatives de détournement de cette peur à des fins politiques.</description>
  <language>fr</language>
  <pubDate>Wed, 20 Aug 2008 14:21:05 +0200</pubDate>
  <copyright></copyright>
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  <item>
    <title>Après la vertu - conversation entre Ivan Illich et Majid Rahnema, deuxième partie</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2008/01/20/Apres-la-vertu-conversation-entre-Ivan-Illich-et-Majid-Rahnema-deuxieme-partie</link>
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    <pubDate>Sun, 20 Jan 2008 23:50:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>développement/humanitaire</category>
            
    <description>&lt;strong&gt;Suite et fin de la conversation entre Ivan Illich et Majid Rahnema.
Cliquez ici pour &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://home.scarlet.be/%7Emp060204/site/sources/rahnema%20et%20illich%20-%20deuxieme%20partie.pdf&quot;&gt;
la version pdf&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;    &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Majid Rahnema&lt;/strong&gt; : Vous avez fait partie des premières personnes à
rejeter la pertinence du développement, à le considérer comme une intervention
non-éthique et dangereuse dans la vie d'autrui. Je croyais alors, comme de
nombreux intellectuels du soi-disant Tiers-Monde, que le développement était
une revendication légitime des victimes de l'ordre colonial. Comme il nous
semblait que ce développement était une condition préalable à leur pleine
indépendance, votre attitude nous apparaissait comme une provocation totale.
Nombre d'entre nous considèrent aujourd'hui que vous aviez fondamentalement
raison, dans la mesure où le développement a servi des intérêts qui n'avaient
rien à voir avec les souffrances des gens. En fait il a été utilisé comme une
sorte de « défoliant culturel », un puissant moyen pour détruire le système
immunitaire des victimes. Pire encore, ce qui me paraît comme le nouveau SIDA
s'est rapidement développé à un tel point que même les mouvements populaires me
paraissent aujourd'hui avoir été cooptés dans le processus. Dans ces
circonstances, (a) pensez-vous qu'il y ait la moindre chance pour que les
victimes changent d'état d'esprit, ou trouvent des alternatives significatives
à leur condition présente? (b) Votre rejet du développement est-il encore basé
sur ses aspects non-éthiques, son incapacité à prendre en compte les
souffrances des gens, ses fausses prétentions à passer pour un acte de
solidarité, ou provient-il de votre position philosophique plus vaste
consistant à dire que toute institutionnalisation du geste du bon Samaritain
est vouée au désastre?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ivan Illich&lt;/strong&gt; : Majid, à Puerto Rico j'ai démissionné de l'université
plutôt que de l'étendre au prix des ressources destinées aux écoles
élémentaires publiques. Plus tard, j'ai été sérieusement blessé dans mes
tentatives pour entraver l'invasion des missionnaires du développement en
Amérique Latine. Vous avez demandé que nous réfléchissions ensemble aux chemins
que nous avons tous les deux parcourus. Allons un peu plus loin. Dans un
premier temps, j'ai pris pour modèles les pamphlétaires des Lumières. Pendant
les années 50, j'appelai à ce que l'on reconnaisse les injustices silencieuses
véhiculées implicitement par les organisations professionnelles, financées
publiquement, de professeurs, de travailleurs sociaux et de médecins. Dans ma
bataille contre l'invasion des volontaires, j'en appelai à la raison. Mon livre
&lt;em&gt;Libérer l'Avenir&lt;/em&gt; exprime cette tentative. Dans un deuxième temps, ma
rhétorique s'est inspirée d'histoires de mythes. J'attirai l'attention sur la
fabrication de nouvelles mentalités où la soif fait dire « J'ai envie d'un
Coca-cola », « bien » se traduit par « plus » et le
désir devient mimétique. J'aurais aimé être un dramaturge comme Sartre ou
Beckett. J'aurais ainsi pu faire passer la cravate à Sisyphe, placer Prométhée
devant un ordinateur – comme j'ai mis le médecin qui niait la mort en blouse
blanche. Dans mes batailles contre les objectifs illusoires et donc
destructeurs, j'essayais de raconter des histoires, comme &lt;em&gt;Énergie et
Équité&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Le Travail Fantôme&lt;/em&gt;. Dans un troisième temps, j'ai
risqué de perdre mon public plutôt que d'écrire de nouvelles versions
d'histoires déjà publiées dans les années 60. Les performances de la
scolarisation, de la médicalisation, du rangement et des livraisons d'êtres
humains par le transport motorisé étaient à l'époque reproduites sur de
nombreuses scènes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous avez été de ceux qui me poussèrent à faire au droit ou au travail social
ce que j'avais déjà fait aux institutions d'éducation, de transport et de
santé. Je refusai. Je ne voulais pas restreindre mon analyse aux conséquences
techniques et sociales non-désirées de l'éducation, de la santé et de la
productivité. Je pensais que je devais regarder ces fantasmes comme un
terrifiant ogre grec, un destin funeste à la poursuite duquel tous, hormis
quelques-uns parmi les riches et les protégés, risquaient de se faire broyer
par les rituels mêmes créés pour le rejoindre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous me demandez à présent comment éviter de blâmer les victimes du
développement. Je ne pense pas que nous le puissions, ou que nous le devions.
L'entreprise de transformation de &lt;em&gt;la condition humaine&lt;/em&gt;* (*en français
dans le texte) a été couronnée de succès. Et cette condition
« humaine » est et demeure liée au développement, en dépit du fait
que ce dernier soit un désastre. Votre tâche, et la mienne, ne peut être que de
rechercher comment nous pouvons faire confiance, aimer et souffrir dans un
milieu qui noie nos voix et rend les lueurs de nos vies invisibles. Étant donné
ce que nous sommes, deux personnes très privilégiées qui ont été bien trop
lentes à reconnaître la vérité, nous devons à présent témoigner de ce que nous
savons.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pour en revenir aux « victimes » du développement. Toutes ne sont pas
semblables. Je dois vous demander : vous souvenez-vous du père de Charlie, au
Ghana? Avec son grand élevage de poulets, il a malgré tout fait faillite pour
envoyer son fils dans les écoles des missionnaires apprendre des techniques
qui, entre-temps, étaient devenues obsolètes. Ou encore, vous rappellez-vous
mon ancien collègue de l'université de Brème? Il avait tenté, trop tard, de se
libérer des tortures de la chimiothérapie afin de mourir d'une mort paisible,
adoucie par quelques grains d'opium. Ceux-là et leurs semblables ont obtenu ce
qu'ils avaient demandé; leur destin ne leur a pas été imposé. Ils ont été des
« victimes » parce que, d'un certain point de vue, ils étaient des
privilégiés : le père de Charlie parce qu'il était proche des missionnaires;
mon collègue parce qu'il avait une bonne assurance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais peut-être ne pensez-vous pas aux privilégiés mais aux
« masses », celles que l'on a introduites à la chaîne dans la
modernité, celles que l'on a convoyées vers la dépendance aux antibiotiques et
le remplacement de leurs stocks de semences traditionnelles par des variétés
« améliorées ». Peut-être pensez-vous à celles qui sont soumises aux
lois de scolarisation obligatoire mais qui n'ont pas la possibilité de se
rendre à l'école; à ces innombrables personnes que l'on a arrachés à leurs
cultures pour leur faire rejoindre la majorité mondiale des
sous-consommateurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Majid, au cours de toutes ces années passées ensemble nous avons tous deux pris
une leçon d'impuissance. Il fut un temps où nous nous sentions impuissants à
agir; aujourd'hui nous nous sentons même impuissants à conseiller. Nous avons
tous deux découvert que la « responsabilité sociale » qui nous avait
motivés était elle-même le résultat de la croyance au même progrès que celui
qui engendrait l'idée de développement. La responsabilité sociale, nous le
savons maintenant, est le point vulnérable d'un étrange sentiment de puissance
par l'intermédiaire duquel nous nous imaginons capables de rendre le monde
meilleur. Nous nous empêchons ainsi de devenir véritablement présents à ceux
qui nous sont assez proches pour que nous puissions les toucher. Nous avons dû
voir clair à travers la notion de responsabilité – qui, dans son acception
non-légale, n'a pas plus d'un siècle – pour accepter la leçon
d'impuissance.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Nous avons dû prendre ces leçons d'impuissance pour véritablement renoncer au
développement. Cela signifie que nous ne sommes pas plus puissants que nos
grands-pères : le vôtre, un saint homme de l'Islam historiquement influent en
Iran; le mien, un Juif finançant une kyrielle d'écoles Allemandes Luthériennes
avec de l'argent gagné en détruisant les forêts de Bosnie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;M.R.&lt;/strong&gt; : Il y a environ quatre ans, dans une déclaration rédigée
par vous et un groupe d'amis préoccupés par l'environnement, vous avez défini
la vertu comme « &lt;em&gt;cette forme, cet ordre et ce sens de l'action
renseignée par la tradition, liée au lieu, et qualifiée par les choix effectués
parmi la panoplie habituelle de l'acteur&lt;/em&gt; »; et vous notiez
qu' « &lt;em&gt;une telle vertu se trouve traditionnellement dans le
travail, l'artisanat, l'habitat et les souffrances nées du sol particulier que
ces actions-là ont enrichi de leurs traces, et non d'une terre, d'un
environnement ou d'un système abstrait&lt;/em&gt; ». Pour moi, cette déclaration
représente l'essence de vos critiques du développement, non seulement une
guerre contre les liens régénérants de ces gens avec ce sol mais aussi une
tentative stupide de destruction de cette vertu et de son remplacement par des
méthodes scientifiques de gestion et de contrôle des ressources. Depuis vos
premiers essais sur les dangers des projets de développement, même les ONG
« vertueuses » et les organisations populaires ont fini par dévaluer
la vertu en espérant trouver davantage de « ressources » afin que les
bénéfices du développement rejaillissent sur les exclus. Dans le même temps, au
Nord, la vertu semble avoir connu une forme de mutation par traitement
démocratique. Elle est remplacée par une forme universellement définie de soins
ou d'aides préparées par les politiques et leurs équipes choisies d'experts et
de professionnels.  &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Dans ces circonstances (que vous aviez déjà prévues dans les
années 60), pensez-vous qu'il existe encore des espaces inexploités, aussi bien
dans les sociétés vernaculaires que dans les sociétés industrielles, où le
vieux modèle de vertu pourrait avoir une chance de pouvoir croître sans danger?
Des espaces qui pourraient pointer vers ce que vous avez appelé « un
changement majeur de direction à la recherche d'un futur d'espérance »?
Et, dans l'affirmative, pourriez-vous développer ? Veuillez, s'il vous plaît,
considérer que je ne vous pose pas cette question dans le cadre hypothétique de
la gestion d'un autre futur planifié, mais, pour utiliser une expression
foucaldienne, en vous considérant comme un historien du présent.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;I.I.&lt;/strong&gt; : Majid, la réponse est simple. Oui, il existe de tels
espaces. La plupart d'entre nous, aussi précaires que soient nos situations,
peut encore en revendiquer ou en indiquer des traces. Nous pouvons également
faire cela avec le souvenir de quelqu'un d'absent. Nous pouvons, l'un pour
l'autre, être une source de clarté et de bonté; cela, ainsi que les spaghettis,
est tout ce que nous avons à partager.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Majid, lorsque je regarde votre visage, je devine que vous pensez à la
déconvenue, voire même au mépris de vos futurs lecteurs. Il existe des
personnes honnêtes qui veulent faire le bien, et qui pourraient permettre à
l'amitié d'être le germe d'actions politiques. Je reconnais que leur
interprétation politique de l'amitié prend sa source dans une tradition
vénérable. Cette notion sépare Aristote de son professeur, Platon. Pendant deux
millénaires, cette conception politique de l'amitié a été assez forte pour
illuminer la pratique politique occidentale. Mais cette période est révolue. La
possibilité qu'une ville soit un milieu propice à la recherche commune du bien
a disparu. Vous m'avez souvent parlé des temps où l'Islam pouvait encore former
une cité éthique. Cependant, aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest, nous vivons à
présent « après l'ethos », ou, pour le dire comme Alasdair MacIntyre,
« après la vertu ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'engagement dans le progrès a éteint la possibilité d'une configuration
négociée au sein de laquelle une recherche du bien commun pouvait prendre
place. Les techniques d'information, de communication et de gestion définissent
à présent le processus politique, la vie politique est devenue un euphémisme.
L'amitié politique, qui pour Aristote était le résultat de la pratique des
vertus civiques aussi bien au foyer que sur le forum, est, dès lors,
inévitablement corrompue, aussi élevées soient les intentions de ceux qui la
promeuvent. Dans un monde réglé sur le développement, peu importe le stade
économique atteint, le bien ne peut venir que du type de complémentarité
personnelle que Platon, et non Aristote, avait en tête. Se dédier l'un à
l'autre génère le seul espace qui permet ce que vous demandez : un mini-espace
au sein duquel nous pouvons nous entendre sur la poursuite du bien.</description>
    
    
    
          <comments>http://blog.nepigo.net/post/2008/01/20/Apres-la-vertu-conversation-entre-Ivan-Illich-et-Majid-Rahnema-deuxieme-partie#comment-form</comments>
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      </item>
    
  <item>
    <title>L'Arche de Zoé : &quot;l'Esprit Sapeur-Pompier&quot;</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/10/30/LArche-de-Zoe-%3A-lEsprit-Sapeur-Pompier</link>
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    <pubDate>Thu, 01 Nov 2007 01:04:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>développement/humanitaire</category>
            
    <description>&lt;strong&gt;L'Arche de Zoé, une ONG qu'on ne présente plus depuis quelques jours,
est née de l'initiative d'un pompier d'Argenteuil, Éric Breteau, pour venir en
aide aux enfants victimes du tsunami du 26 décembre 2004 dans la région de
Banda Aceh en Indonésie. Avec deux journalistes et des membres de son ONG, il
vient d'être arrêté au Tchad, accusé de &amp;quot;vol d'enfants&amp;quot; et &amp;quot;d'escroquerie&amp;quot;. Que
s'est-il passé?&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;    &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un extrait du &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.archedezoe.fr/tsunami.htm&quot;&gt;rapport-récit des activités de l'ONG en
Indonésie&lt;/a&gt;, sous le sous-titre l'&amp;quot;Esprit Sapeur-Pompier&amp;quot;, donne une première
indication.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&amp;quot; &lt;em&gt;L’action humanitaire d’urgence au profit des victimes de grandes
catastrophes naturelles est une&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;activité qui ne s’improvise
pas&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;La dimension très particulière du Tsunami a fait intervenir &lt;span id=&quot;emph&quot;&gt;&lt;strong&gt;plusieurs centaines&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt; d’organisations sur le
terrain dans une certaine confusion. Entre les grandes institutions faisant
preuve de lenteur et d’inertie à se mettre en action et les petites
associations inexpérimentées n’arrivant pas à « trouver leur place », L’Arche
de Zoé a su, dès les premiers jours, se rendre efficace et apporter une
&lt;strong&gt;aide concrète et précieuse aux victimes&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’état d’esprit Sapeur-Pompier qui anime L’Arche de Zoé a en effet
permis de cibler très rapidement les priorités et de définir un plan d’action
cohérent entre les &lt;strong&gt;besoins réels des victimes&lt;/strong&gt; et les
ressources disponibles sur place.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;C’est un enseignement qu’il ne faudrait jamais oublier, quelque soit les
réussites auxquelles une ONG ou une institution humanitaire peut prétendre,
elle doit &lt;strong&gt;savoir faire preuve de cœur&lt;/strong&gt;, de sincérité et rester
suffisamment &lt;strong&gt;humble&lt;/strong&gt; pour prendre en compte les besoins réels
des personnes dans la détresse. Certaines institutions devraient avoir
l’honnêteté de donner la priorité à l’action sur le terrain au service des
victimes plutôt qu’à leur gestion financière, cela ne pourra que faire honneur
à leurs donateurs et à leurs partenaires.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’éthique et le sens du devoir des Sapeurs-Pompiers, tout comme leur
devise&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;« Courage et dévouement »&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, devraient
être les maîtres mots de toute ONG qui se respecte.&lt;/em&gt;&amp;quot;&lt;/p&gt;
&lt;br /&gt;
On sent l'exaspération de qui a déjà été confronté à une situation d'urgence et
constaté que les grandes ONG internationales ont des intérêts propres en-dehors
des victimes. Je comprends vraiment bien ce reproche : on ne peut pas demander
à une structure internationale de milliers de personnes d'agir à l'échelle
d'une seule, l'empathie est dépassée par un sentiment de distanciation plus
professionnel (sans lequel il n'est peut-être pas possible de supporter
psychiquement une telle accumulation de situations traumatisantes). Cela
détermine les relations sur un mode très utilitaire, brutal, que l'on peut
retrouver en Europe chez les infirmières quand, et c'est souvent le cas, elles
ont la charge de trop de patients en même temps. C'est aussi ce qui explique
que j'aie entendu parler d'exclamations satisfaites dans le bureau d'une grande
ONG française à l'annonce de telle ou telle catastrophe humanitaire : les
affaires reprenaient. J'en avais conclu, pour ma part, à la nécessité de ne
plus chercher à travailler dans le développement (ce n'était pas la seule
raison). Éric Breteau et ses collègues en ont tiré une conclusion inverse : ils
feraient de l'humanitaire à leur manière, directement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.capatv.com/&quot;&gt;Les images tournées par Marc
Garmirian&lt;/a&gt;, le reporter de l'agence CAPA qui suivait les membres de l'ONG
(et a été emprisonné avec eux) montrent des images de personnes sincères.
Tellement sincères qu'elles livrent le projet à nu, dans toutes ses failles.
Non, ils ne sont pas sûrs que tous les enfants sont orphelins. Oui, les enfants
sont mieux avec eux que dans leur village, parce qu'ils y sont pauvres et en
mauvais état sanitaire. Non, pas de problème de conscience avec ça. Au
journaliste qui leur fait remarquer qu'ils s'assoient sur les règles
internationales, une première jeune fille répond : &amp;quot;&lt;em&gt;Pourquoi? Quelles
règles?...&lt;/em&gt;&amp;quot; Un homme (assez jeune, le crâne ras, le même que sur les
photos d'Indonésie; Éric?) prend la parole et enchaîne, très animé : &amp;quot;&lt;em&gt;Ce ne
sont pas des règles! Ce n'est pas parce que les autres sont frileux, ce n'est
pas parce que les autres ne font rien et laissent mourir des gens qu'ils
suivent les règles! Qui dicte les règles?&lt;/em&gt;&amp;quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Eux, en tout cas, n'ont considéré que les leurs, n'hésitant pas à mentir quand
cela les arrangeait, la fin justifiant les moyens (&amp;quot;&lt;em&gt;ils meurent!&lt;/em&gt;&amp;quot;). On
imagine l'énergie qu'il a fallu mobiliser pour monter un projet pareil, le
budget qu'il a fallu réunir (plus de 500.000 euros), les personnalités qu'il a
fallu corrompre pour qu'elles ferment les yeux (l'avion qu'ils avaient loué
disposait d'un plan de vol officiel...). Éric Breteau, en plus d'être pompier,
est président de la Fédération française de 4x4, ce qui lui a sans doute permis
de recueillir le soutien d'Hubert Auriol, ancienne gloire française du
Paris-Dakar. De l'allant, donc, beaucoup d'énergie et un tempérament de
justicier motorisé. C'est typiquement sur ce genre d'indignation baroudeuse
qu'est né MSF, il y a près de 35 ans.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le 4x4 n'est décidément pas un engin sensible : l'Arche de Noé a accumulé
les erreurs. Des familles françaises engluées dans les terribles procédures
d'adoption internationales (il faut compter des années de démarches) y ont vu
l'opportunité de court-circuiter, peut-être, les étapes qui les séparaient de
leur rêve d'enfant. Des intermédiaires ont probablement dû flairer les pigeons
faciles à flouer, razziant (revendant?) quelques dizaines d'enfants au hasard
et les faisant passer pour des enfants en provenance du Darfour (il faut
imaginer que toute la scène se passe au Tchad, à des centaines de kilomètres
des combats vers lesquels ils n'ont pas le droit de se diriger). Demander leur
avis aux tchadiens, aux habitants du Darfour? À quoi bon, puisqu'ils sont
pauvres et que, de toute façon, l'association est là pour les aider... Figures
classiques du colonialisme civilisateur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Encore une fois, l'enfer est pavé de bonnes intentions. L'Arche de Zoé n'a
malheureusement pas fini de faire parler d'elle, car, en plus d'avoir commis un
crime grave (on n'arrache pas ainsi des enfants à leur pays sans l'accord de
celui-ci), d'autant plus terrible qu'il a été commis avec la meilleure foi du
monde (comme quoi la foi peut faire faire beaucoup de bêtises), elle se
retrouve monnaie d'échange dans un jeu qui la dépasse. Otage de fait, elle est
aux mains du gouvernement tchadien qui récupère là un pouvoir de négociation
avec Paris qui doit prochainement prendre le commandement d'une force de
maintien de la paix dans la région. L'État français s'est d'ailleurs empressé
de faire savoir à quel point il désapprouvait le projet... Les autres ONG
humanitaires se tairont ou condamneront ces collègues maladroits et
encombrants. La presse ne parle que des journalistes, traitant déjà l'Arche de
Zoé de &amp;quot;pieds nickelés de l'humanitaire&amp;quot; (ce qui n'est pas faux)... Pour les
membres de l'ONG, la désillusion doit être terrible. Espérons pour eux qu'ils
ne paieront pas trop cher leur leçon : ils ne sont pas coupables d'avoir
inventé la morale humanitaire, seulement de l'avoir mise en œuvre
grossièrement.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>&quot;Sans-frontières&quot; : fin d'un rêve ?</title>
    <link>http://blog.nepigo.net/post/2007/05/07/Sans-frontieres-%3A-la-fin-dun-reve</link>
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    <pubDate>Wed, 19 Sep 2007 10:50:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>W. Nepigo</dc:creator>
        <category>développement/humanitaire</category>
            
    <description>&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
19 septembre 2007 : il y a six mois, j'écrivais ce texte un peu vengeur contre
le mouvement &amp;quot;sans-frontières&amp;quot;, auquel j'avais cru, participé pour finalement
le quitter, dégoûté. En relisant ce texte aujourd'hui, à la lumière des
déclarations va-t-en-guerre de B. Kouchner, ex-cofondateur de Médecins sans
Frontières et actuel Ministre des Affaires Etrangères Français, je trouve que,
décidément, j'étais dans le vrai. D'où : re-publication.&lt;/strong&gt;    &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Il y a quinze ans, on parlait de «Fin de l'Histoire» et les diplomates
n'avaient que le mot «multilatéral» à la bouche ; les morceaux du rideau de fer
tombaient les uns après les autres. En Europe, l'espace Schengen entrait en
vigueur en 1995 et augurait de belles perspectives de libre déplacement. Les «
sans-frontières », sur la lancée de leurs aînés des années 70 et 80 (Médecins
Sans Frontières, Reporters Sans Frontières...), fleurissaient sur fond de
promesses de paix et de réduction des iniquités, l'appellation proliférant au
point de contaminer tous les domaines de la société. Naissaient ainsi les
associations « Meubles sans frontières », « Douleurs sans frontières » et même
«Autistes sans frontières», tout un programme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, où en est-on? Les « sans-frontières » existent toujours, mais on
dirait bien que le village mondial se balkanise de nouveau. Les dirigeants des
pays occidentaux, en mal de projet collectif, se rendent indispensables par
défaut en agitant tous les épouvantails qui leur tombent sous la main, de
préférence étrangers; la crise israélo-palestinienne n'en finit plus de moisir
et de produire des métastases; les frontières du sud de l'Europe comptent parmi
les plus protégées au monde et le Pentagone et la Russie recommencent à aligner
des dispositifs balistiques le long des frontières polonaises et tchèques. La
France voisine s'hypnotise des reflets de son glorieux passé national en rêvant
d'étanchéité identitaire... Cette résurgence des frontières n'épargne plus nos
« sans-frontières » : en Afghanistan, en Irak, en Somalie, les ONG humanitaires
sont de plus en plus fréquemment prises pour cibles par des fondamentalistes
islamistes pour qui l'Occident tout entier est devenu l'ennemi à abattre. Et je
ne parle pas de la Chine ou de la Russie que les droits de l'homme ne soucient
guère et qui, à la différence des pays pauvres, n'ont pas besoin de l'aide
assortie de conditions politiques des pays occidentaux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Serait-ce le début de la fin pour le projet « sans-frontières »? On ne
s'abstrait pas aussi facilement de ses origines : l'universalisme humaniste qui
nourrit ce projet depuis ses débuts plonge ses racines dans les Lumières
Européennes, elles-mêmes difficilement séparables d'un universalisme chrétien
dont la propagation ne fut pas toujours, loin s'en faut, un exemple de
pacifisme. L'écart est-il si important entre le « droit d'ingérence humanitaire
» et les « frappes préventives contre le terrorisme »? Où est la limite entre
souci de l'autre et appétit de domination?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
De plus, les mauvais plaisants ne manqueront pas de souligner qu'une
organisation d'aide à la pauvreté a structurellement besoin de la misère pour
exister, et que la charité peut être un instrument de domination symbolique
particulièrement puissant. Dans le cas des « sans-frontières », cette
problématique est d'autant plus aiguë que le milieu a beaucoup évolué : les
petites associations de volontaires idéalistes des débuts ont fait place à des
organisations imposantes, peuplées de professionnels très qualifiés et qui
entendent donc bien valoriser leur expérience en termes de carrière. Faut-il y
voir une des causes de l'évolution marchande de certaines ONG, avec leur label
« éthique » conçu comme un label commercialisable? Ou la raison pour laquelle
certaines de ces organisations « humanistes » se croient autorisées à utiliser
les méthodes de publicité les plus violentes de toutes au nom de leur «
supériorité morale »? Le chantage affectif et la culpabilisation?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Avec de tels moyens, pas étonnant que la fin peine à convaincre... Si les «
sans-frontières » parvenaient au moins à discuter avec les frontières
existantes au lieu de les nier, sans doute passeraient-ils moins pour des
moines-soldats et un peu plus pour ce qu'ils prétendent être (1) : des hommes
et des femmes généreux.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;(1) Certain(e)s le sont, heureusement, et liront peut-être ces lignes avec
un profond sentiment d'injustice. Mais il s'agit de personnes, non
d'organisations. Peut-on attribuer des sentiments à des organisations? Peut-on
faire de l'empathie un métier?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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