La technique et la peur

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jeudi 29 janvier 2009

Préambule aux instructions pour remonter une montre

Ce très court texte de Julio Cortàzar, un écrivain argentin dont je viens de me procurer un recueil de nouvelles intitulé "Cronopes et Fameux", pourrait résumer à lui seul bien des choses que j'ai écrites ici sur notre sujétion à la technique. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire dans ce blog ces derniers mois, au point de caresser l'idée de mettre ce projet entre parenthèses; mais ceci devra au moins attendre la publication de ce texte savoureux. Bonne lecture. (Pour le plaisir de lire, j'y adjoins la nouvelle suivante, encore plus brève).




Penses-y bien : lorsqu'on t'offre une montre, on t'offre un petit enfer fleuri, une chaîne de roses, une geôle d'air. On ne t'offre pas seulement la montre, joyeux anniversaire, nous espérons qu'elle te fera de l'usage, c'est une bonne marque, suisse à ancre à rubis, on ne t'offre pas seulement ce minuscule picvert que tu attacheras à ton poignet et promèneras avec toi. On t'offre – on l'ignore, le plus terrible c'est qu'on l'ignore -, on t'offre un nouveau morceau fragile et précaire de toi-même, une chose qui est toi mais qui n'est pas ton corps, qu'il te faut attacher à ton corps par son bracelet comme un petit bras désespéré agrippé à ton poignet. On t'offre la nécessité de la remonter tous les jours, l'obligation de la remonter pour qu'elle continue à être une montre ; on t'offre l'obsession de vérifier l'heure aux vitrines des bijoutiers, aux annonces de la radio, à l'horloge parlante. On t'offre la peur de la perdre, de te la faire voler, de la laisser tomber et de la casser. On t'offre sa marque, et l'assurance que c'est une marque meilleure que les autres, on t'offre la tentation de comparer ta montre aux autres montres. On ne t'offre pas une montre, c'est toi le cadeau, c'est toi qu'on offre pour l'anniversaire de la montre.



Instructions pour remonter une montre

Là-bas au fond il y a la mort, mais n'ayez pas peur. Tenez la montre d'une main, prenez le remontoir entre deux doigts, tournez-le doucement. Alors s'ouvre un nouveau sursis, les arbres déplient leurs feuilles, les voiliers courent des régates, le temps comme un éventail s'emplit de lui-même et il en jaillit l'air, les brises de la terre, l'ombre d'une femme, le parfum du pain.
Que voulez-vous de plus? Attachez-la vite à votre poignet, laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. La peur rouille l'ancre, toute chose qui eût pu s'accomplir et fut oubliée ronge les veines de la montre, gangrène le sang glacé de ses rubis. Et là-bas dans le fond, il y a la mort si nous ne courons pas et n'arrivons pas avant et ne comprenons pas que cela n'a plus d'importance.

vendredi 16 novembre 2007

L'Europe rêve de moutons électriques

(Ce texte me touche beaucoup, je le reproduis ici)
A partir de janvier 2008, les moutons et les chèvres devront, en Europe, être identifiés par des puces électroniques implantées, alias transpondeurs. Des bergers refusent cette mesure qui est selon eux synonyme d’une industrialisation du monde vivant. Après les moutons, viendraient les autres animaux, puis, pourquoi pas, les humains. Au nom de la sécurité et de la traçabilité.

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lundi 8 octobre 2007

Le silence comme bien commun

Le 21 mars 1981, à Tokyo, le penseur Ivan Illichprenait la parole dans une conférence dont le thème général était "L'homme et la science"; au fil de ce texte, il explique sa vision du développement de l'ordinateur et, surtout, de l'impact que celui-ci aura sur la communication humaine. Vingt-cinq ans après, il est très intéressant de voir en quoi les évènements ont confirmé - ou infirmé - sa prédiction. Le titre original du texte de la conférence est "Silence as a commons"; à ma connaissance, il n'avait pas été intégralement traduit en français jusqu'à aujourd'hui. Bonne lecture.

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dimanche 16 septembre 2007

"e-Homo"

 - Avertissement - ce billet est long. La version complète est en pdf, tandis que ce qui suit n'est qu'un résumé.

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mercredi 25 juillet 2007

Zones de silence : organiser le lâcher-prise

Un problème bien connu des professionnels des télécommunications est la zone de silence. Il s'agit d'une zone dans laquelle la réception du signal d'un émetteur est difficile ou impossible. C'est ce type de phénomène qui vous permet de prétexter des interférences pour raccrocher au nez d'un interlocuteur difficile à éconduire. Ce qui, dans ce cas, relève du problème à régler devient dans d'autres domaines un objectif à atteindre : en urbanisme, une zone de silence est une zone dans laquelle on a décrété une interdiction de la circulation automobile (les premières étaient autour des hôpitaux). Cette notion a également fait son apparition dans le code forestier : si le bruit nous dérange, il dérange également les autres êtres vivants. Une zone de silence est donc également une zone d'au minimum un kilomètre carré où les nuisances sonores dues aux activités humaines sont tellement faibles qu'elles n'entravent pas les bruits naturels de cette zone, ceux émis par la flore et la faune. Ce dispositif est notamment important pour la bonne reproduction des espèces animales et donc, compte tenu du rôle de ces dernières dans la reproduction de nombreuses espèces de plantes (de nombreuses plantes ont en effet besoin des animaux pour la dissémination de leur matériel génétique), pour l'ensemble de l'écosystème.

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jeudi 14 juin 2007

Je jouis donc je suis : une histoire des relations publiques et de l'individu

Cela fait maintenant près d’un siècle qu’existent les « relations publiques ». Utilisées massivement depuis des décennies, ces techniques modifient notre environnement et la perception que nous en avons. Quel a bien pu être leur impact sur notre perception de nous-même?

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vendredi 25 mai 2007

André Lebeau et l'engrenage de la technique - un commentaire de Daniel Cérézuelle

Quelques auteurs lucides et courageux osent parfois affirmer que l'humanité est aux portes de la nuit, qu'il n'y pas de solution prévisible aux problèmes résultant de la croissance démesurée. Quand ces auteurs sont des scienfitiques qui analysent froidement la situation, on éprouve le besoin de s'arrêter pour se demander où et comment l'humanité trouvera l'inspiration nécessaire pour limiter les effets des inévitables implosions, sociales et environnementales. André Lebeau, dont Daniel Cérézuelle commente ici le dernier livre, L’engrenage de la technique, essai sur une menace planétaire, est l'un de ces scientiques.

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mercredi 11 avril 2007

Bioéconomie : pour une économie du vivant

La bioéconomie est une discipline systémique qui intègre l'ensemble de l'environnement dans son approche, des apports en énergies solaires et telluriques aux déchets finaux. Contrairement à la vision économique dominante actuelle, elle ne considère donc pas que nous vivions dans un monde potentiellement illimité. Au contraire, en intégrant le concept d'entropie issu de la thermodynamique, la bioéconomie pose en termes de mesure énergétique la capacité des écosystèmes à se renouveler, et donc, évidemment, le degré d'intervention humain au-delà duquel l'exploitation de ces écosystèmes dépassera le seuil de soutenabilité, la technique humaine étant considérée comme un "catalyseur", c'est-à-dire un accélérateur des réactions de dégradation de l'énergie.

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