La technique et la peur

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jeudi 11 mars 2010

Mauvais Vert

Dans un article paru dans The Nation ("The Wrong Kind of Green"), un hebdomadaire de gauche américain, le journaliste anglais Johann Hari décrit comment certaines des plus puissantes associations écologistes états-uniennes en sont venues à défendre concrètement des positions contredisant l'objet même de leur existence. L'habitude qu'elles ont prise, au fil des années, d'accepter des contributions financières des grandes entreprises, particulièrement des plus polluantes qui ont tout intérêt à s'acheter une image, les a conduit à défendre des objectifs compatibles avec ceux de leurs généreux donateurs. Or ces objectifs sont insuffisants, et certains sont tout à tout fait dangereux - quand par exemple des ONG se mettent à se vendre de la certification dans le marché des compensations carbone que l'on veut construire (celui-ci, il faut le dire et le répéter, ne fonctionne pas et ne peut pas fonctionner car ce qui s'y vend est impossible à mesurer, quand il existe). Ou, ce qui est très détaillé ici, qu'elles défendent à Copenhague des objectifs de réduction des émissions de CO2 largement en-dessous de ce que la majorité scientifique du moment considère comme des seuils minimum (le fameux 350 ppm par exemple). À cette critique s'ajoute une autre : elles définissent leurs objectifs politiques en fonction de ce qui est audible sans trop d'effort par les gouvernements, et cela finit par leur faire faire du politiquement correct, du "réalisme" qui n'a de réalité que dans le monde de la politique (comme le dit J. Hari, allez expliquer à la mer qui monte qu'il faut attendre les prochaines élections...).

La mise en cause était violente et elle a suscité des réactions qui ne le sont pas moins ; dans un échange publié par le journal, certaines des associations incriminées ont répondu (National Wildlife Federation, Natural Resources Defense Council, Sierra Club, The Nature Conservancy), un directeur de Greenpeace s'en est mêlé (avec à-propos) ainsi que le fondateur de 350.org, qui avait lancé un mouvement planétaire un peu avant Copenhague. L'échange se termine sur une réponse détaillée et rageuse de Hari, qui convainc largement. Par ailleurs, certaines lettres envoyées au journal sont également excellentes (sur les compensations carbone ou "offsets", la professionnalisation des mouvements politiques...)

L'article de Johann Hari a au minimum le mérite d'avoir précipité un débat ouvert et public entre des ONG de premier plan sur leur rapport aux entreprises, mais il est plus que cela, c'est un beau et nécessaire pavé dans la mare de la part d'un grand journaliste qui gagne à être lu. Merci à lui.


mardi 26 janvier 2010

Growth isn't possible

Here is a simple, efficient and straightforward cartoon to illustrate the latest report by the New Economics Foundation, "Growth isn't possible". It is an exploration of the intuitive, and simple too, idea that infinite exponential growth in a finite environment is just not possible, as exemplify the two quotes introducing the report:

"If you spend your time thinking that the most important objective of public policy is to get growth up from 1.9 per cent to 2 per cent and even better 2.1 per cent we’re pursuing a sort of false god there. We’re pursuing it first of all because if we accept that, we will do things to the climate that will be harmful, but also because all the evidence shows that beyond the sort of standard of living which Britain has now achieved, extra growth does not automatically translate into human welfare and happiness."

Lord Adair Turner, Chair of the UK Financial Services Authority "


"Anyone who believes exponential growth can go on forever in a finite world is either a madman or an economist."

Kenneth E. Boulding, Economist and co-founder of General Systems Theory





Of course, although simple, this idea supposes an ability to project oneself at a global level and think about humanity and solidarity in abstract terms. But day-to-day reality is also made of keeping up with the Jones, so what if the Jones buy this new car, house, land? It's silly to say but this simple example also shows there won't be any change possible without a spiritual and cultural change, in other words a change that goes beyond political and planning abilities... Or?

dimanche 6 décembre 2009

"Augmented reality", or robotification of the human body?

A new IT device acting both as a spare pieces detector and an eye-to-computer interface is now being developed by Daimler, one of the giants of the German automobile industry. They call the concept "augmented reality". Such a device is born out of managers' will to reduce errors due to the "human factor", the usual control freakism. Only one "reassuring" fact: the more workers will be turned into robots, the more real robots will be likely to replace them as some point.


mardi 24 novembre 2009

Prix de la Sirène en Colère




Des négociations cruciales de l'ONU sur le climat se dérouleront bientôt à Copenhague. Tandis qu'un peu partout dans le monde des individus, des organisations ou des mouvements sociaux appellent à une action d'envergure pour modérer les changements climatiques et garantir l'adoption de solutions justes et équitables pour tenter de remédier au problème, les milieux d'affaires font du lobbying pour bloquer toute action efficace en termes de réduction réelle des émissions de CO2 tout en cherchant le moyen de transformer un éventuel accord en opportunité commerciale. Conjuguées aux hésitations des Etats, ces menées hypothèquent dangereusement toute perspective d'accord à la hauteur des enjeux à Copenhague. C'est pourquoi six ONG (ATTAC Denmark, Corporate Europe Observatory, Focus on the Global South, Friends of the Earth International, Oilchange International and Spinwatch) organisent un prix ironique, le prix du pire lobbying climatique ou "Prix de la Sirène en colère" en référence à la célèbre petite statue du port de Copenhague, pour souligner publiquement le rôle des lobbies d'affaire, que l'on sache au moins à qui l'on doit cette brillante réussite... Vous pouvez donc vous rendre sur le site www.angrymermaid.org/fr pour élire le pire lobby parmi ceux qu'elles ont identifiés. Pour ma part, le lobby promouvant cette escroquerie monumentale que sont les marchés de droits d'émissions a ma préférence :-)



dimanche 25 octobre 2009

350 Hz à Bruxelles

Ce samedi 24 octobre était une journée mondiale d'action pour réclamer aux gouvernements qu'ils prennent des mesures à la hauteur des enjeux lors des négociations sur la réduction des émissions de CO2 de Copenhague en décembre (ça semble mal parti). Beaucoup d'actions ont eu lieu un peu partout dans le monde, on peut dire que c'était un succès. À Bruxelles, dans le Parc Royal, ça a donné ça :-)



Réalisation Jean-Philippe Rouxel, Bruxelles, 2009

jeudi 1 octobre 2009

Coco chanel : "la copie, c'est le succès!"

Deux vidéos que j'aime beaucoup. Notez, à la fin du premier enregistrement, ce que dit Coco Chanel à propos de la copie, à méditer à l'heure où des ânes s'imaginent faire leur succès en empêchant les gens de recopier leurs œuvres...




lundi 8 juin 2009

La terre vue de la terre

À entendre Coline Serreau présenter son dernier film, on se dit qu'il s'y trouvera sans doute exactement ce qui manque dans le film de Yann Arthus Bertrand. J'ai regardé celui-ci hier soir, plutôt mal disposé à son encontre du fait de son financement par le groupe PPR - coup marketing, etc. Cela commence d'ailleurs très mal puisque la première séquence montre les noms de toutes les marques de luxe possédées par le groupe s'assembler pour former "Home", le titre du film. J'ai cependant très vite changé d'avis. J'ai par exemple trouvé la première moitié du film très belle dans son séquençage, et pour ce qu'elle dit de la Vie avec un grand v. - une telle diffusion pour une aussi belle explication du monde vivant est en soi un succès formidable. J'ai aussi beaucoup aimé l'idée de la "boule de soleil" utilisée pour décrire le pétrole, c'est exactement cela! Les chiffres défilent, obsédants et lointains, plus ou moins effrayants. "Tout s'accélère", répète-t-il, variant les exemples. Les solutions? labels, énergies renouvelables, réduction des inégalités... Des solutions qui sont suffisamment abstraites pour ne pas avoir besoin d'être incarné dans un personnage de fiction : YAB est le seul personnage de son film, les hommes présents dans le film étant filmés comme les animaux et les plants, d'au-dessus - ce qui est en soi une trouvaille excellente.
Mais je ne suis pas ressorti de là avec une vision claire de ce qu'il faudrait faire; être ému et informé de l'existence de technologies nouvelles ne suffit pas pour agir.

Coline Serreau, elle, a filmé des gens, et des gens qui agissent. Espérons que cela marche mieux :-)
http://www.terre.tv/#/fr/protection-de-lenvironnement/entretien/1605_coline-serreau-nous-presente-la-terre-vue-de-la-terre

jeudi 7 mai 2009

Oscuramento


a été réalisé et composé en 2008 par Pierrick Servais et Minizza (TapasNocturn)

jeudi 12 mars 2009

Mes bras

Pour un bras qui se tend
Un trou qui se creuse
Porte ouverte sur mes lointains

Voici mon cerveau muni d'une porte d'entrée
Court, court sur le papier mon doux reptile
Écailles polies et bave abondante
Recap after use

La ville rugit sourdement
Rumeurs, grondements,
Cris et sirènes
Bruxelles se déhanche pesamment
Sa gangue d'indolence ne cèdera pas

Qui est ce chien? Depuis des mois il hurle
Maigre et triste crevette,
Son aboiement déchire l'air chaque matin
Ses cris signalant d'étranges tortures

Confusion du matin formes étranges
La bile aux lèvres l'âme malade
Je m'en vais rejoindre ma folie
Prier aux verbes en dérive

Fantômes, chutes et cauchemars
Mon monde crie sous le météore
Alluvions de la peur, grincements des pleurs
Pluie inutile sur un or silencieux

jeudi 29 janvier 2009

Préambule aux instructions pour remonter une montre

Ce très court texte de Julio Cortàzar, un écrivain argentin dont je viens de me procurer un recueil de nouvelles intitulé "Cronopes et Fameux", pourrait résumer à lui seul bien des choses que j'ai écrites ici sur notre sujétion à la technique. Je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire dans ce blog ces derniers mois, au point de caresser l'idée de mettre ce projet entre parenthèses; mais ceci devra au moins attendre la publication de ce texte savoureux. Bonne lecture. (Pour le plaisir de lire, j'y adjoins la nouvelle suivante, encore plus brève).




Penses-y bien : lorsqu'on t'offre une montre, on t'offre un petit enfer fleuri, une chaîne de roses, une geôle d'air. On ne t'offre pas seulement la montre, joyeux anniversaire, nous espérons qu'elle te fera de l'usage, c'est une bonne marque, suisse à ancre à rubis, on ne t'offre pas seulement ce minuscule picvert que tu attacheras à ton poignet et promèneras avec toi. On t'offre – on l'ignore, le plus terrible c'est qu'on l'ignore -, on t'offre un nouveau morceau fragile et précaire de toi-même, une chose qui est toi mais qui n'est pas ton corps, qu'il te faut attacher à ton corps par son bracelet comme un petit bras désespéré agrippé à ton poignet. On t'offre la nécessité de la remonter tous les jours, l'obligation de la remonter pour qu'elle continue à être une montre ; on t'offre l'obsession de vérifier l'heure aux vitrines des bijoutiers, aux annonces de la radio, à l'horloge parlante. On t'offre la peur de la perdre, de te la faire voler, de la laisser tomber et de la casser. On t'offre sa marque, et l'assurance que c'est une marque meilleure que les autres, on t'offre la tentation de comparer ta montre aux autres montres. On ne t'offre pas une montre, c'est toi le cadeau, c'est toi qu'on offre pour l'anniversaire de la montre.



Instructions pour remonter une montre

Là-bas au fond il y a la mort, mais n'ayez pas peur. Tenez la montre d'une main, prenez le remontoir entre deux doigts, tournez-le doucement. Alors s'ouvre un nouveau sursis, les arbres déplient leurs feuilles, les voiliers courent des régates, le temps comme un éventail s'emplit de lui-même et il en jaillit l'air, les brises de la terre, l'ombre d'une femme, le parfum du pain.
Que voulez-vous de plus? Attachez-la vite à votre poignet, laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. La peur rouille l'ancre, toute chose qui eût pu s'accomplir et fut oubliée ronge les veines de la montre, gangrène le sang glacé de ses rubis. Et là-bas dans le fond, il y a la mort si nous ne courons pas et n'arrivons pas avant et ne comprenons pas que cela n'a plus d'importance.

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